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Solidarité, un vain mot ?

Chers amis;

Le coeur est gros. Je ne trouve pas aisément mes mots. La douleur est forte. Nous venons de perdre un de nos camarades.Dans un tragique accident, survenu le lendemain de l’Aïd El Kabir. Un triste sort a frappé une des familles d’Imini. Je m’incline devant la peine des orphelins, de la veuve et des parents de notre défunt ami, Abdelââziz AMEZYANE dont voici un portrait, saisi par ma femme, lors de notre première rencontre, chez MERBOUHI Hassan, en Juin 2008. Un garçon attachant, tout de discrétion. La bonté émanait de lui, comme, du reste, une profonde sympathie. Je ne l’ai rencontré qu’à cette occasion et je regrette que nos pas ne se soient plus croisés. Il méritait d’être mieux connu. Il est parti, comme d’autres. Un jour,qui le suivra? Mais qui se soucie de ce jour-là? La vie continue . Pour beaucoup d’entre nous,dans la banalité des jours, dans la stupidité des heures qui nous emportent vers notre destin.

Abdelââziz s’en est allé, malgré lui, mais, dans le sillage de son destin à lui. Il laisse trois orphelins, jeunes, et leur mère dont je mesure le trouble et l’émotion. Il laisse des parents à leurs larmes, pour toute consolation. Hassan AMEZYANE, bouleversé, s’est précipité à Marrakech, pour rendre ses hommages à son jeune frère. Ma sympathie pour lui et les siens.

Que nous reste-t-il, nous, enfants d’Imini? Je vous le dis: rien

Rien, si nous ne savons pas nous émouvoir des malheurs de chacun d’entre nous. Rien, si nous nous murons dans l’indifférence au sort des uns et des autres. Rien, si nous ne savons manier que l’anathème, ou l’art du traquenard, ou l’amertume des jaloux.

Rien, si nous ne savons pas faire preuve de solidarité avec les nôtres, avec nous-mêmes. Il y a bien des hommes, des femmes, nés à Imini, enfants d’Imini!!! Je le sais! J’en ai rencontré.’

Alors, enfants d’Imini, enfants de mineurs, d’ouvriers et de paysans, enfants de Timkkit, de “L’filag”, de Tighermine, d’Ouggoug, de N’emirou stta, de Boulgir, de Bouwazzar, de talatnoumzil, de tamda ousqor, ouvrez vos coeurs à la douleur, ouvrez vos coeurs à l’espoir, à la compassion.

Nous devons aider la famille de notre ami disparu.

Nous, Iminiens de France, avons décidé d’ apporter notre soutien à la détresse des enfants de Abdelââziz. Abdallah NOURMANE se charge de la collecte de fonds qu’il fera parvenir à la veuve et aux orphelins.

J’en appelle à vous, tous, pour que cet élan de solidarité soit celui de tous et qui  honore chacun et tout le monde. Nous ne pouvons pas laisser des gens de chez nous dans l’indifférence générale.

Que chacun, selon ses moyens, vienne répondre à cet appel,solidairement et humainement.

Ceux qui vivent au pays peuvent prendre contact avec nos amis LABIOUI Moulay Driss ou Rachid TAOUZI, membres du bureau officiel constitué l’ été dernier. Ils collecteront vos dons qu’ils verseront à la famille de notre défunt camarade. Je vous donne les téléphones:

Rachid Taouzi:                             06.34.36.473

LABIIOUI Moulay Driss:     06.24.98.169

* n’oubliez pas de vérifier la nouvelle numérotation.

 Du fond du coeur, je vous dis merci pour ce que chacun pourra faire.

Info de dernière minute:

Je viens de recevoir, du bureau élu, le message suivant:

بسم الله الرحمان الرحيم
كل نفس دائقة الموت
يتقدم أعضاء جمعية قدماء مدرسة امني أصالة عن أنفسهم ونيابة عن جميع ابناء امني
بأحر التعازي الى عائلة الفقيد أمزيان عبد العزيز.سائلين الله له المغفرة والرحمة و الفردوس الاعلى
ولعائلته الصبر و السلوان.
انه بالاجابة جدير.وانا لله وانا اليه راجعون.
عن المكتب

 

           

CHERS AMIS,

Abdallah NOURMAN m’avertit aujourd’hui, lundi 30 Novembre, du déçès de Abdelââziz AMEZYANE, frère de notre ami Hassan Amezyane.

Je suis consterné, mais la volonté de Dieu passe. Abdelââziz était encore jeune. Je prie pour lui et j’adresse toute ma sympathie à Hassan, sa famille, aux  orphelins et à la femme de feu Abdelââziz.

Que chacun se souvienne de notre camarade Iminien! Et de tant d’autres, partis, eux aussi!!!!!

 

 

                                                                                                                                                              

  Chers amis,

J’avais commencé un texte que je n’avais pas pu terminer en son temps. Je m’en excuse. Cinq mois au pays m’ont en éloigné. Je l’ai repris et terminé. Je vous le livre en vous en  espérant une bonne lecture.

Remarque: La mise en page n’est pas des plus heureuses. Pas de photos. Il n’y a pas que les photos dans la vie. Moi, je peux très bien m’en passer. Le texte, long, justifie ses manquements.

  

                «  Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine »

                                                          ( Einstein )

 

 

 

1.     De l’illusion

    Une abstraction, comme un vœu pieux, traverse la société marocaine : la certitude de s’être installée, définitivement, dans la «  modernité ». Une «  modernité », visible, évidente, me répète-t-on. La pensée commune s’entête et l’affirme comme allant de soi  dans un pays où la hauteur de chaque immeuble, ses façades rutilantes de ses arabesques, le dispute aux belles terrasses des cafés inaugurées à chaque coin de rue, ourlées d’îlots de verdure, artificiels. (Mais, de bibliothèque, point). La modernité trouverait aussi ses signes manifestes dans les grosses cylindrées noires ou gris anthracite, symboles de la réussite sociale, attributs emblématiques d’une « modernité » assumée par une élite endimanchée à tout crin, entraînant, dans son délire de flamboyance grossière et tapageuse, les plus déshérités mais non moins enclins à tous les excès, à  tous les travers de l’apparat.

    Les arêtes ou les coupoles des villas, les programmes urbanistiques ou les résidences enclavées des classes moyennes, cernées de vigiles, dénotent, certes, une accession de ces  classes au panthéon de la consommation des biens d’équipement moderne. L’on ne peut, raisonnablement, inférer de ces nouveaux modes de vie une quelconque appropriation des caractères ou des codes  définitoires de la modernité. L’équation est fausse de vouloir établir, de fait, une adéquation mécaniste entre l’appropriation des signes d’un mode de vie contemporain, urbain et la revendication de ceux de la modernité. Le pas est abusif. Cette conception vulgaire et non raisonnée de la modernité induit  un syllogisme des plus douteux, comme tout syllogisme faux. Le raisonnement syllogistique  déroule ainsi ses prémisses et sa conclusion :

    a.    la modernité, c’est l’acquisition, voire l’accumulation des biens

             d’équipement ou de consommation, propres au monde moderne.

     b.   Or, ces biens, je les possède et j’en jouis.

     c.   Donc, je vis, de plein pied, de plein droit, dans la modernité.

 

2.     De la modernité

     La modernité ne se dévoile pas sur les murs, les enseignes, ne se rencontre pas dans les parcs, ou les supermarchés ou  sur les réseaux autoroutiers. Pas plus qu’elle ne se laisse réduire aux artefacts de la consommation, aussi moderne soit-elle.

    Elle se donne à  lire dans l’aptitude à une bonne et authentique gouvernance, au niveau politique, comme elle s’appréhende dans les capacités d’une société à se construire un espace   de citoyenneté qui  met en scène l’individu souverain dans ses actes et dans ses engagements, à condition que ceux-ci soient gouvernés par la raison et affranchis de toute transcendance. La raison confère à l’individu sa pleine liberté de citoyen qu’il exerce en convoquant, dans l’exercice de la liberté, l’expérience des limites qu’elle lui impose. On ne conçoit pas  une liberté qui nie celle des autres ou qui la contrarie. C’est un lieu commun. La liberté est un continuum où les contigüités de ses représentations ou de sa pratique collaborent à édifier un espace civique où s’assument les droits et surtout les devoirs inhérents au principe de responsabilité citoyenne. Penser son individualité et faire valoir sa liberté, c’est  assurément une façon de se tourner vers la modernité. On pourrait objecter à cette proposition que les sociétés traditionnelles revendiquent ces caractères réservés à la modernité. Les sociétés traditionnelles règlent leur présent sur  l’invocation de leur passé. Leur présent n’est qu’une contextualisation de leur passé, à travers les rites, les coutumes, les traditions, intériorisés. La modernité n’est pas donnée une fois pour toute. Elle ne connaît pas l’immuable. Elle admet, et même, appelle les ruptures. On n’est pas installé dans la modernité quand le poids, les lourdeurs du passé gèrent le présent et l’avenir. La modernité est un projet  d’émancipation sociale, sans cesse renouvelé. Un projet inachevé, comme le dit Habermas et qui a le mérite d’inciter à une constante remise en question de soi,  des normes et des  valeurs sociales. Entrer dans la modernité, c’est, tout simplement, vivre avec son temps.

3. De l’espace

    De tout temps, les sociétés humaines ont œuvré, chacune dans sa singularité,  à l’édification d’un espace public, enjeu de leur cohésion sociale. Des grottes du Néolithique aux steppes de l’Asie centrale, aux savanes africaines, à la place de mai en Argentine, en passant par  l’Agora des Grecs, les sociétés humaines, selon leur génie, ont construit leur espace public, en y privilégiant une aire de pratiques et de représentations visant à  une régulation  des mœurs et des conduites des groupes sociaux. Les Grecs, bien évidemment, ont marqué l’histoire universelle. On a davantage retenu l’Agora que le baobab ou l’arbre à palabres des sociétés africaines traditionnelles. Le modèle grec a inspiré l’espace social de l’Europe, comme il lui a fourni les fondements de ses démocraties, politiquement parlant.

    La structuration de l’espace public en tant que champ de l’agir individuel et collectif est consubstantielle des enjeux de société qu’il porte et incarne. Un espace régi par des velléités coercitives inhibe les réseaux d’interactions des hommes, leur volonté, leur liberté et force à une crispation des mentalités. Un tel espace, de forclusion, génère de la violence, intériorisée ou flagrante, parce que  les hommes ne s’y reconnaissent pas, ne le reconnaissent pas comme « un bien commun » selon l’expression de Aristote.

4. L’espace marocain……

    L’espace marocain ne souffre plus de ces coercitions d’antan. Mais il continue de porter les stigmates d’un régime défunt. Il peine à se libérer de lui-même. Enchaîné aux réflexes de survie, il manifeste encore toutes les turpitudes et les contradictions d’une société à la dérive. Marqué par son histoire, il avait tourné le dos aux principes de démocratie ou de citoyenneté, initiés par le monde hellénistique qui convoquait ses citoyens sur l’Agora.  L’espace marocain  est loin  d’avoir atteint un semblant de citoyenneté.  C’est bien un espace public, comme une jungle est une jungle. L’individualisme s’y est incrusté avec cette violence qui caractérise la prédation. Le fort y est fort, le faible y est faible. Les deux y sont liés par ce fatal attrait du prédateur pour sa proie.

5. Un espace à irresponsabilité illimitée[1]

    Livré à la raison du plus fort, l’espace public marocain prédispose à une mentalité agressive du « bec et de la griffe », selon la formule de Jean-Marie PELT. Le principe qui régit les relations individuelles se résumerait dans ce mot d’ordre, résonnance d’un écho primitif, forgé par le même PELT : « Mangez-vous les uns les autres »[2]. On serait en peine de déceler dans cet espace, la figure du citoyen responsable, respectueux  de lui-même, des autres et  du bien commun.

    Le paradoxe de l’espace public marocain, c’est qu’il se réclame d’un changement longtemps espéré, enfin advenu, en même temps qu’il mobilise et convoque, pour son fonctionnement, des attributs de stéréotypies de comportements et de conduites archaïques ou anachroniques. Le changement n’est que représentation de façade, mais  les mentalités demeurent les mêmes, au point qu’il n’est pas abusif de penser que l’espace public est gangréné par cette contradiction : changer pour rester le même ou rester le même dans le changement. Une quadrature du cercle. L’espace public marocain a sa propre grammaire. Il s’y pratique une conjugaison rigide de l’un sans les autres, sans  le tout.

6. Corpus de « l’irresponsabilité illimitée »

    Tout espace livre un aperçu des mentalités qui l’investissent.  Il en est le reflet, en porte les marques. L’espace a ses règles. Celles du  vivre ensemble, celles d’une bienséance, d’un savoir-vivre. C’est ce socle qui fonde la garantie d’un espace civique, stable, gage d’une société apaisée digne avec ses hommes, à leur tour dignes de cet espace. Cette réciprocité s’avère un leurre, à l’examen des occurrences suivantes :

          1.       Inutile de rouler en voiture en respectant la limitation de vitesse. Vous essuieriez les foudres  de tous les usagers de la route.

           2. Ne vous croyez pas en sécurité si vous gardez votre droite. On viendra vous doubler à votre extrême droite, pour se rabattre devant vous. Un bras d’honneur sera votre lot, si vous protestez derrière votre vitre.

          3. Ne vous avisez pas d’essayer de traverser la chaussée, si vous êtes piéton. On ne vous laissera pas passer et vous vous entendrez traiter de tous les noms d’oiseau.

          4. Ne croyez pas que la ligne continue vous garantit la vie. Vous êtes doublés par des véhicules qui chevauchent allègrement la ligne jaune. Et, dans les deux sens : derrière vous et en face de vous.

          5. Ne vous placez pas derrière un véhicule arrêté à un « STOP ». Vous perdriez votre temps. Le gars, confortablement installé dans son 4X4, a arrêté le moteur de son véhicule. Lunettes noires, costume trois pièces, manifestement bronzé aux UV, il téléphone. Il vous foudroie du regard le plus méprisant et continue son manège, sans état d’âme.

          6.  Ne levez jamais les yeux au ciel quand vous déambulez  en ville. L’asphalte, aussi bien que les trottoirs,  sont souillés de crachats et de glaires peu ragoûtants.

            7. Ne cherchez pas le sens de la queue dans une banque, une administration ou chez un              commerçant. Il n’y en a pas. La file n’existe pas. Elle n’est pas en profondeur. Elle s’étale sur toute la largeur du comptoir. On pousse des coudes ; on passe au-dessus de vous des documents, des chèques, pour vous voler votre tour.

          8. Ne vous étonnez pas de voir un flic chaleureusement entouré du contrevenant, de son copain et de ses cousins. Les flics adorent le contact humain. Les contrevenants aiment se frotter, de très près, aux flics. Les flics, c’est connu, ce sont des gentils, même flanqués de leurs radars, postés au bout d’interminables avenues où ils semblent attendre d’autres cousins, d’autres meilleures grivoiseries.

          9. Si vous ne démarrez pas au quart de tour, au feu vert, les autres vous aboient dessus, en lâchant sur vous leurs klaxons rugissants. C’est que le Marocain est pressé. Il n’a pas de temps à perdre. Il participe au développement du pays.

          10. Ne croyez pas qu’un sens unique (panneau d’interdiction) vous garantit la libre circulation. Le gars que vous rencontrerez, remontant le sens interdit, ne vous laissera pas le passage. Il est pressé et n’a pas le temps de faire le pâté de maison. Alors, il économise son temps, en coupant au plus court. Il est prêt à tout. Gare au gourdin que la plupart des Marocains planquent dans leurs voitures.

        La liste de ces disfonctionnements et de ces manquements est longue, malheureusement. Ce corpus  suffit pour illustrer l’étendue du désastre. La vague d’incivilités ne semble épargner personne. S’il se trouve quelques uns à s’émouvoir de ce fléau, rares sont ceux qui joignent la parole aux actes de cohérence. L’indignation n’est pas un sentiment partagé. Comment pourrait-il en être autrement, l’outrecuidance, la déviance, le système D, l’obséquiosité, la corruption, étant  des traits largement diffusés dans les esprits, profondément intériorisés ? Un espace public qui syncrétise autant de travers est atteint,  malade de lui-même. L’impuissance à juguler cette hémorragie  des normes et des  valeurs morales atteste bien que le mal est profond.

Comment expliquer ce désordre, ce chaos ?

7. Vive le « JE »

    Nul doute que l’avènement de Mohammed VI aura débridé les esprits longtemps aliénés, réhabilité la parole injustement confisquée, fait éclater nombre de tabous. L’évènement est d’importance. Mais, comme la boîte de Pandore, il n’aura pas répandu que des bienfaits. Il aura provoqué, dans son sillage, ce que les stratèges, d’un euphémisme douteux, ont nommé « des dégâts collatéraux ». Recouvrant leur liberté, les Marocains, encore maladroits dans le délicat exercice des libertés auquel ils ne sont pas préparés, ont versé dans tous les excès. Désormais, la liberté est perçue comme un sauf-conduit pour toute forme de débordement. Le Marocain, hier séquestré dans le noir obscur, revendique, tapageur et forcené, un individualisme tenace et démesuré, violemment aveuglé par le nouvel éclat. Rien ne doit plus pouvoir contrarier ce que le Marocain découvre avec délectation : sa liberté, cette faculté non monnayable qui l’autorise à braver tout et tout le monde. Le bon sens a abdiqué devant une telle conquête. Et, tandis que certains caciques de l’ancien régime, rasent les murs, le Marocain, exultant, crie sur les abords du cortège royal « Vive le Roi », pensant secrètement, bravache, «  Vive le JE » (une heureuse formule de Claude ROCHET). L’espoir d’une conscience collective de ce que devrait être « le bien commun », s’en est trouvé davantage fragilisé, le cédant à un égo surdimensionné, source des convulsions qui secouent l’espace marocain.  « C’est mon droit », « J’ai le droit », « Je fais ce que je veux, où je veux, comme je veux, quand je veux » est le nouveau paradigme, la nouvelle ossature qui charpente cette forme de pensée unique, anarchique, anarchisante et structure les comportements déviants qui lui sont sous-jacents. La morale s’emballe dans les remous de cette frénésie de l’affirmation du  Moi qui évacue de ses impératifs les contraintes  d’obligations et  de devoirs inhérents au principe supérieur de responsabilité[3].

8. La basse-cour

    La fracture est réelle. Ses lignes sont nettes.

    La classe moyenne, aux contours encore indéfinis au Maroc[4], aime bien afficher son statut et ses privilèges, légitimes et prétendus comme tels, toujours de manière ostentatoire et souvent vulgaire. Elle ne semble pas avoir fait sien l’adage de prudence : « Pour vivre heureux, vivons cachés ». Attitude de classe et de parvenus en mal de reconnaissance, qui aspire à un double effet de distanciation et de proximité. Au premier, est dévolu le rôle de maintenir et d’accentuer les écarts symboliques de classe en déployant des attributs matériels réputés hors d’atteinte des couches sociales à revenus faibles. Au second est affectée l’ambition d’affirmer la maîtrise des codes sociaux des classes dirigeantes détentrices des modèles dominants du marché symbolique du pouvoir. Obnubilée par son désir d’assimilation,  la classe moyenne pêche par excès de zèle, adopte, puis adapte, surtout, dans leur forme caricaturale, les traits distinctifs convoités. La voiture en est un exemple emblématique, parce qu’elle permet, grâce à son rayon d’action, à sa visibilité, une meilleure diffusion  des manières et des manies qui font sa marque de fabrique, son « appellation d’origine contrôlée ». La classe moyenne n’a pas l’âme écologique. Les pays industrialisés portent  leurs efforts sur la réduction de l’effet de serre qui hypothèque l’avenir de la planète. En matière automobile, les constructeurs ont opté pour des  véhicules à faible consommation d’énergie, sous la pression de l’opinion publique avertie et des courants du développement durable. La classe moyenne, elle, affectionne et  collectionne les marques cotées, en particulier les « quat’quat : 4X4 » , gourmands et polluants. Qu’à cela ne tienne, la parade n’a pas de prix. Il s’agit de montrer les accessoires fétiches d’une proximité au pouvoir central. Et, comme deux précautions valent mieux qu’une, un soin particulier est apporté au choix de la couleur des véhicules. Qui a dit que le noir n’est pas une couleur ? Si, si ! Celle des cortèges royaux, des officiels et des habitués des Méchouars, ou des cabinets occultes. En un mot, du Pouvoir. C’est bien de cela qu’il s’agit. La classe moyenne entend bien faire savoir qu’elle a du pouvoir. Le pays résonne  des cris de sa basse-cour. Le pouvoir d’achat n’est qu’anecdotique pour elle, même si elle tire le diable par la queue, comme tout le monde, dans le secret des découverts bancaires ou des crédits à répétition. Donner le change est le mode opératoire de cette élite. Tout est dans une  représentation théâtrale, tragi-comique. Cet « habitus »[5] est poussé dans son expression la plus caricaturale, grossière, chez certains qui jettent leur dévolu sur une marque précise. Ils commandent, quand ils n’exigent pas de leur vendeur ou de leur concessionnaire, que leur BMW, leur MERCEDES, satisfasse à ces impératifs :  teinte noire métallisée, vitres teintées et  plaque minéralogique de RABAT.  Ces détails ne sont pas anodins, tant ils signifient socialement une démarche puérile et agressive. Puérile, parce qu’elle procède d’une mystification propre à faire croire, en en exhibant quelques oripeaux, quelques artifices, à une appartenance au sérail du Palais Royal. Agressive, car elle marque une stratégie d’intimidation et de violence symbolique, déployée comme mode de neutralisation des identités des classes déshéritées ou de leurs prétentions à la modernité.

9. Caste, frime et Siba

    La classe moyenne négocie tout le temps sa contiguïté avec le pouvoir central. Elle tire de ses tentatives et de ses réussites en la matière (si tant est que l’on puisse parler de réussite) des avantages certains qu’elle expose avec la vanité et l’orgueil morbides qui siéent aux arrivistes, affairistes, carriéristes, opportunistes et suppôts de tout poil. Le credo de cette  nouvelle « caste » est des plus simples : montrer ce qu’elle a et se montrer telle qu’elle n’est pas. L’opacité est sa culture réduite dans une épaisseur sans consistance morale. Digne héritière du machiavélisme, elle se nourrit  du cynisme de cette doctrine, en irrigue la pensée commune et affecte les comportements sociaux dans leur globalité. Toute fin justifie tous les moyens, tel est le levier de la machinerie, voire de la machination, mis en œuvre. En se prévalant, à la fois de ce qu’elle ne peut être (réellement au cœur du pouvoir ) et de ce qu’elle représente objectivement, la classe moyenne s’enferme  sur elle-même, joue des coudes, inlassablement, pour s’assurer une respectabilité de façade, se tailler une portion gourmande de privilèges usurpés, par le biais du clientélisme, des passe-droits pour parachever,  en un mot, l’impunité, l’intouchabilité derrière lesquelles elle court toujours. Ce modus operandi[6], n’a d’autre raison que de se soustraire aux lois et règlements bafoués avec la plus grande négligence, la plus condamnable des légèretés. C’est que l’idée saugrenue est largement partagée : que les lois et les règlements ne sont faits que pour les va-nu-pieds, les enturbannés, les voilées ou les crânes rasés. La classe moyenne ne s’applique qu’une seule règle : se jouer de toutes les règles, avec, en prime, une tendance à en jouer, à frimer de tous les feux.

    A ce jeu-là, elle aura réussi à enflammer le pays. Le feu couve partout. Et, personne n’est disposé à jouer aux pompiers. Pas même les « va-nu-pieds » qui brûlent des orteils au crâne rasé ou ébouriffé de misère intellectuelle et morale. Dans leur frénésie à imiter tout et n’importe quoi, ils en font trop et exagèrent, dans leurs pratiques sociales, dans leurs représentations, dans leurs désirs, le cycle de reproduction des modèles des nantis. C’est ce que les sociolinguistes appellent un phénomène d’hypercorrection. Eux aussi friment, de rien, pour rien. Ils «  se la   jouent »   aussi, comme on dit vulgairement. Ils jouent si bien qu’ils rendent leur pièce aux nantis de tout bord,  leur dame le pion, même. Et, pas qu’aux nantis, du reste. Eux aussi ont mis le pays sous coupe réglée. Ils ne négocient pas leur impunité dans les salons privés ou sous les lambris des grands ministères ou dans les cabinets feutrés des grands commis de l’état ou autres apparatchiks. Le Mokaddem, le Chaouch, le « RAÏSS EL JAM » ( le maire), le « KHALIFA » du RAÏSS (l’adjoint au maire ) ou même le « SAYD ANNÄIB » ( le député du coin ) sont leurs alliés, leurs acolytes. C’est qu’ils ont le bras long, eux aussi. Il ne faut pas croire ! Pour eux, aussi, les lois sont faites pour les autres, pardi ! Même pour les chiens ! Surtout pas pour eux. Ils sont au-dessus des chiens et de tout ça ! Et, ils payent pour ça ! Demandez au gendarme ou au flic qui se pointent, comme des métronomes, le 5 du mois, le 15 du mois, au rond-point ou au virage le plus vicieux, pour arrondir leurs fins de mois. Il faut bien qu’ils vivent, eux aussi ! Ce ne sont pas des chiens ! D’accord, ils mènent une vie de chien ! Tout les enrage, eux aussi ! Il faut comprendre tout ce monde, même si tout le monde ne comprend rien à tout ça ! Même les chiens marocains n’y « pigent » rien ! Ils s’en battent les flans et en vomissent !

    Leur « modernité », ils y tiennent, vent debout. Ils se sont affranchis des couscoussiers qui pullulaient sur leurs terrasses, il y a une vingtaine d’années. Les paraboles, motorisées, les ont supplantés, fièrement. Les images qu’elles véhiculent ont, radicalement, transformé leur univers social, violemment perturbé leurs représentations du monde. Leur monde n’est plus au coin de chaque rue. Il est médiatisé au travers des spots publicitaires venus d’ailleurs, qui vantent l’ailleurs, ses temples de consommation et leur démesure. La modernité sur laquelle fantasment les déshérités est une coquille évidée qui n’a aucun sens dans un espace social alourdi par des archaïsmes tenaces, rebelles aux changements structurels, douloureux. Leur modernité est factice, corrompue et dévoyée. Elle est « attrapée » comme des benêts attraperaient des mouches avec du vinaigre, de loin. Leur modernité, saisie par la lucarne des téléviseurs  n’est qu’une « télémodernité ».

    Les déshérités livrent bataille aux cols blancs, aux mains sales, aux nantis, sur les marges de l’espace social. Les uns, comme les autres, participent à la décomposition de ce qui ronge le pays : les mentalités, en tout point  rétrogrades et violentes. Personne ne s’enhardit à trancher net avec ses réflexes, ses habitudes qui oblitèrent et condamnent les voies vers une authentique modernité. A la frime, les couches populaires opposent, sans concession, sans complexe, une anarchie désarmante (naguère dénommée, en dialectal, Siba).  Le mot d’ordre est simple : se sortir de toute situation, en y mettant le prix le plus insignifiant et par des détours qui ne s’embarrassent pas de scrupules. Tout est interprété puis transformé, c’est-à-dire dénaturé, pourvu que soient satisfaits les petites affaires du sordide quotidien, les petits intérêts mesquins. Le feu rouge n’est rouge que si l’on veut qu’il soit rouge ; quant au vert, il est totalement inutile, redondant, en l’occurrence, dans cette logique. Les « deux roues » ont bien un casque, mais il trône sur le guidon, quand il ne sert tout bonnement pas  de panier à légumes. Les jeunes s’amusent à narguer les voitures et la mort, en décrivant, au beau milieu de la chaussée, des ronds de vélos ou des huit hasardeux, sans aucun souci. Inutile de les rabrouer, ils recommenceront quelques mètres, plus loin, en vous gratifiant de quelques insanités du cru.

10. De nouveaux entrepreneurs…..funèbres

    L’espace public marocain échappe donc à la raison. En tout cas, à une raison reconnaissable. Chacun s’évertue à s’exonérer des contraintes naturelles  liées à l’exercice du droit et des libertés, celles des devoirs qui fondent l’adhésion de tous au contrôle social. L’état et ses instances garantissent, en théorie, ce que Jean-Daniel Raynaud (sociologue français), appelle le contrôle formel, à travers lequel, il applique des «  sanctions institutionnalisées ». En pratique, force est de constater que l’état est bien en peine d’exercer son contrôle social,  handicapé en cela par son corps gangréné par la dépravation notoire, en particulier, de ses auxiliaires de police et de justice,  et par la prévarication de bon nombre de ses agents de la fonction publique . Le phénomène est d’ampleur. Au point que l’état, comme la société entière, débordé, tétanisé dans son impuissance à l’enrayer, s’accommode de toutes les  formes de déviance qui dépeignent et entretiennent les comportements dissolus. L’absence de l’état ou sa démission n’est pas sans conséquence. Elle favorise l’intrusion, dans le champ du contrôle social informel -celui des  «  interactions de la vie quotidienne »-, de voix nouvelles qui s’autorisent de nouveaux discours, subversifs, revendiquant et imposant un autre paradigme de légitimité : le paradigme religieux comme alternative au désordre social. En lieu et place du  politique, ses injonctions d’un autre temps ruinent la crédibilité largement entamée de l’état et de ses efforts pour inscrire la  société marocaine dans son projet d’émancipation et d’éligibilité à la modernité. Ces discours, religieux ou faussement religieux, les slogans vides qui lui tiennent lieu de vecteur, compromettent, par effraction discursive, toute velléité de consensus dans le processus de légitimation de la modernité. La mobilisation autour du dissensus auquel ces discours appellent trouve écho dans les couches les plus perméables à l’idéologie montante d’un islamisme radical qui refoulent la modernité tout en y prétendant, à travers l’adoption contre-nature de quelques-uns de ses signifiants expurgés de leurs signifiés et de leurs connotations culturelles. Une pseudo-modernité claudiquant sur des prothèses, mais qui marque en profondeur les tendances à la déviance et à la transgression. 

    Quelques originaux parmi les chauffeurs de taxis s’arrogent le droit de décrocher leur enseigne lumineuse légale, pour la remplacer par une autre, de leur fantaisie, rédigée en arabe. On ne lit plus « TAXI », mais l’équivalent de « A louer ». Bientôt, on débaptisera tous les cinémas, les théâtres , à moins qu’on ne les livre aux flammes ou qu’on ne les réduise en gravats.L’islamisation de la société marocaine avance à marche forcée et l’on ne compte plus les véhicules qui arborent, sur leur pare-brise  arrière  des versets du Coran invitant à « ne pas oublier d’invoquer ALLAH ». Le salut résiderait dans cette ultime et suprême invocation qui prémunirait de tout et de tous. Mais si, d’aventure, elle venait à ne pas suffire, des calligraphes anonymes ne manqueraient pas de vous conseiller, pour votre salut, en toutes circonstances et en dernier ressort, de vous en remettre à « Dieu, clément et miséricordieux ». Le credo ne date pas d’aujourd’hui. Mais son action est profonde aujourd’hui plus qu’hier. La faillite du  politique et les dérèglements sociaux qu’elle a engendrés ont laissé le champ libre aux spéculations les plus douteuses sur la puissance du religieux, seul à même de rétablir la paix sociale, en moralisant les mœurs, par un retour salutaire aux fondamentaux de l’islam des premiers temps. Une entreprise anachronique et passéiste qui trouve entrepreneurs nouveaux et relais efficaces. Faire du neuf avec du vieux, pourquoi pas, si nous ne savons pas y faire avec le neuf ou s’il n’est pas taillé pour nous ! Un aveu d’échec  qui n’est pas assumé ; ni lui ni les stigmatisations qui le frappent. Ces entrepreneurs d’un nouveau genre, « entrepreneurs de morale », selon l’expression du sociologue Howard Becker [7], tentent d’imposer de nouvelles  normes de conduites dans lesquelles s’inscrivent, comme  en négatif, tous les travers, toutes les déviances. Les versets du Coran couvrent les pare-brise arrière des véhicules et appellent à la moralisation forcée des comportements et des mœurs. Mais ceux qui participent à ce mode de diffusion ne sont pas les moins portés à toutes les incivilités et aux pires dérogations aux règles de sécurité et de courtoisie de la route. Les voitures ne sont plus des voitures, mais s’improvisent comme des minbars, comme de nouvelles tribunes pour la prédication et le prosélytisme. Elles servent de relais à une croisade intrusive et violente qui fait fi des libertés publiques ou des règlementations de la voie publique. S’en remettre à Dieu à chaque transgression, c’est se retirer du monde en se mettant en marge des institutions des hommes, en négligeant de contribuer à consolider les prémisses d’une modernité fragile qui peine à affirmer sa rationalité par le biais de quelques-uns de ses attributs élémentaires : un espace social enfin rendu à plus de civilité, un espace citoyen où prennent forme et sens nouveaux  les notions de droits, de devoirs et de libertés individuelles, régulés dans une société tolérante. Il n’est pas sûr que les nouveaux entrepreneurs aient pris toute la mesure de ces enjeux. Il est permis de douter  de leur volonté d’y souscrire. Le sort des hommes ne les intéresse pas. Ce qui les motive est de l’ordre du divin, transcendant tout. L’au-delà, seul, est leur enjeu. La société, ses hommes, ses règles et ses lois sont relégués au second plan de leurs préoccupations. Le monde d’ici-bas, ses sociétés archaïques ou modernes, tout cela n’est que futilités et vanité des hommes  qui ne mènent pas à la grâce céleste,  éternelle.

    Ces postures de repli ne portent pas à la grandeur tant elles cultivent les paradoxes et réduisent les atouts de la modernité. Les mosquées, lieu de leur prédilection, ne désemplissent jamais. Elles débordent jusque sur la voie publique, les jours de grande affluence et dérèglent la circulation. Bousculer l’ordre profane pour que s’épanouisse le sacré, là réside le sens de cet activisme moralisateur. Là se lisent tous les désordres. Il n’y aurait rien à redire au volontarisme des  «  nouveaux entrepreneurs »  et de leurs affidés si leur action donnait à observer dans le tissu social quelque effet de rectitude morale ou de redressement des comportements déviants. Il n’en est rien. Toutes proportions gardées, l’afflux vers les mosquées n’est que l’occasion d’une cérémonie pénitentielle au cours de laquelle chacun vient trouver absolution à ses péchés intimes, à ses fautes inavouables. Les mosquées semblent coupées des réalités sociales dont, naguère, elles ont fait leur pain quotidien. Leur emprise, en tout cas, sur l’hypocrisie générale est amoindrie.  Tous les enturbannés, les barbus ou les imberbes qui  se déversent sur les trottoirs, après  les prières,  oublient allègrement sermons, versets et hadiths pour se remettre à cracher à vos pieds, cracher les jurons et autres insanités en vous dépassant sur une ligne continue. Ils sont prêts à refaire le plein des incivilités, des entorses à la loi, des manquements aux devoirs, en attendant le prochain office du vendredi saint qui les lavera, de nouveau, bien blancs. Le mythe de Sisyphe, version moderne.

11. Les incertitudes de la transition

    Pour le dire, sans ambages, une frange non négligeable de Marocains, « entrepreneurs » ou pas, a acquis le réflexe de « se débrouiller » avec ce qui la gêne. Elle ne s’en débarrasse pas. Elle s’en accommode moyennant quelques arrangements complices et corrompus. La débrouillardise est érigée en valeur cardinale qui gouverne ses intentions comme ses projets, ses actes comme la mentalité qui les anime. Tout gêne ces Marocains. Les lois, les règlements, les devoirs, les engagements, le respect des autres, de l’espace social, le présent et l’avenir. Le présent, plus que l’avenir qui n’existe pas encore, qu’ils plombent, néanmoins. La modernité, sans lendemains, est jetée en pâture aux appétits les plus immédiats. La corruption est logée dans l’œil du flic qui vous toise, raide et faussement débonnaire. Elle est lovée, comme une verrue, dans la main moite et avide de l’infirmier, fourbe, du mokkadem obséquieux et vorace, du caïd pendu à une cravate souillée, du maire repus de ses administrés. La moralité est saignée de partout. Le mal enfièvre le pays tout entier. Son impuissance à  le juguler débride une insoutenable  ingéniosité qui  flatte les mauvais génies de la roublardise, de la resquille. Jamais l’adage « misère est mère d’industrie » n’aura trouvé terrain plus fertile. L’industrie est systématique, perverse et néfaste à la moralité malmenée au motif que la misère l’enfante tout naturellement. L’irresponsabilité des uns et des autres, de tous, est à incriminer, au premier chef.   L’industrie est systémique aussi. Elle porte des coups sournois au processus naissant de la démocratisation du pays, de son engagement sur le chemin ardu de la modernité.

    Impunité, contournement et détournement sont les rouages de l’industrie. Les industrieux de tout bord redoublent d’adresse pour se mettre à l’abri de ce que dit le droit. Les uns comme les autres se constituent carnets d’adresses et réseaux d’intermédiaires  occultes. Les uns et les autres valent ce que valent leurs protecteurs. La loi ne vaut rien, elle. Les passe-droits, le clientélisme ont raison d’elle.  Il serait temps qu’elle se juge elle-même. Y parviendra-t-elle un jour ? Peut-être. En attendant, les outrages perdurent dans l’indifférence et l’anarchie générales. On chercherait, en vain, le degré Zéro de la modernité.

Le flic, le gendarme,  font une lecture sémiologique tronquée de leurs instruments de travail. Le radar portatif est leur filet. Ils jubilent à chaque infraction, réelle ou inventée dans le cynisme et l’arbitraire. Le radar, porté par un agent assermenté, garantit l’autorité de l’état en rappelant toute sa rigueur objective à tout contrevenant. Il assure, en même temps, et surtout, la sécurité des usagers des routes. Les contrôles auxquels ceux-ci sont soumis doivent les inciter au respect de toutes les dispositions légales. C’est ainsi que  s’appréhende, dans sa simplicité, le sens « dénotatif » lié au terme radar. Son contenu « connotatif» est plus étoffé : respect des lois, de la liberté d’autrui, sens des responsabilités, civisme , civilités, courtoisie, autant de traits auxquels renvoient les fonctions  attachées au radar et qui  balisent, par leur observance stricte, le chemin de la citoyenneté. Le flic, le gendarme amputent le terme de ce qui lui confère toute sa richesse et le réduisent à une vulgaire machine à sous qu’ils vident dans leurs poches. On chercherait, encore, le degré zéro de la modernité dans cette pratique du détournement fonctionnel d’un instrument du contrôle social. 

     La peur du flic ou  du gendarme  ne recouvre aucune réalité dans le pays. Ailleurs, elle traduit, dans les démocraties, la peur des citoyens de contrevenir au droit et donc de se voir infliger de justes sanctions. Elle exprime aussi l’intransigeance des représentants de la loi qui ont mission de l’appliquer équitablement et avec rigueur. Leur honnêteté, leur civisme engagent ceux des autres citoyens.

    Le Marocain, lui aussi, a peur du gendarme, il ne faut pas croire ! Mais son civisme, sa citoyenneté sont enfouies au fond de sa poche qu’il retourne dans tous les sens pour y « dégoter » quelques pièces destinées au contrôle routier qu’il est certain de subir dans la journée. Il ne se soucie guère de vérifier s’il emporte avec lui les papiers de son véhicule. Dieu l’accompagnera depuis le perron de la mosquée, surtout s’il n’en a aucun. De quoi parlerait-on au Marocain ? De modernité ? Casse-tête ! Il y est allergique. Trop compliqué. C’est encore un truc venu d’ailleurs, de l’occident, ou dans les bagages des immigrés, attentatoire aux traditions séculaires et à leur authenticité.

    Les Marocains n’ont pas leur langue dans la poche. Ils parlent accessoirement de la modernité. Ils la côtoieraient, tous les soirs, sur les  écrans de leurs téléviseurs. Mais  ils parlent surtout des autres Marocains qu’ils tiennent pour responsables des dysfonctionnements et des dérives du pays. Personne ne se remet en cause et chacun se défausse sur les autres.  Une attitude qui rappelle celle de Ponce Pilate[8] se lavant les mains des forfaits des autres  ou celle de Garcin[9] décrétant : « l’enfer, c’est les autres ».

    Que les Marocains s’accablent de  violentes invectives, est le signe que la société ne s’est pas  libérée des soubresauts des brutalités et des exactions d’hier. L’enfer, en réalité, est partout. Il provient de loin. De l’histoire récente du pays, en particulier. Les années, dites de plomb, ont creusé le lit de ces dérèglements inquiétants dont les mentalités portent de profonds stigmates. Peut-être faudra-t-il accepter que ces bouleversements soient inhérents à toute transition et, peut-être est-il permis de nourrir quelque espoir de ne pas  voir le pays sombrer dans le déclin. Le pessimisme souvent l’emporte sur l’optimisme à la vue de jeunes couples qui barbotent dans la piscine d’un hôtel  quatre étoiles.  Les hommes, barbe taillée, y précèdent leurs dulcinées qui ne s’encombrent pas d’un maillot de bain, drapées dans de longues tuniques qui leur couvrent tout le corps. Elles ne se dérobent pas derrière une burka que, bientôt, elles s’arracheront dans les baluchons des talibans dormants, aux aguets.

Ces couples jouent aux apprentis sorciers et, pensent-ils, nagent, béats, dans la modernité .

Une aberration de mauvais augure.

      Il ne reste plus qu’à prier pour que demain, des cohortes puritaines et vociférant d’iniques fatwas,  ne s’avisent à  brandir le Kitab al Tawhid[10].

 Paris, le 26 Octobre 2009.                                                                                                                            Lahcen BERKOU


 [1] L’expression est empruntée à Claude ROCHET  [2] Cf. PELT, Jean-Marie, La raison du plus faible, Fayard, 2009.  [3] «  La perte de la responsabilité… est la perte de la liberté » affirme Claude ROCHET, dans son essai :  « Un précis d’incorrection politique à l’usage des jeunes générations », 2001.  [4] Je recommande le  numéro 5  de l’excellente revue marocaine ECONOMIA qui publie une étude innovante sur la classe moyenne au Maroc. [5] Bourdieu [6] L’expression est de Bourdieu. [7] Outsiders, 1963 [8] Préfet de la province de Judée au moment de la crucifixion de Jésus qu’il ne voulut pas condamner, mais livra aux responsables religieux juifs. Il se lava les mains pour dégager sa responsabilité du sort scellé de Jésus. [9] Personnage de Sartre à qui l’auteur fait dire cette phrase devenue célèbre, dans Huis clos. [10] « Traité de l’unicité divine ». Traité de Mohammed Ibn Abd al Wahhab, théologien fixé en Arabie en 1739. Il a trouvé bonne audience auprès du premier des Ibn Saoûd, fondateur de la dynastie Saoûdienne. Il préconise dans son traité, le rejet  de tout compromis avec la modernité  et une interprétation littérale du Coran. On lui doit le courant Wahhabiste qui sévit en Arabie Saoüdite.

Contre vents et marées

Chers amis, fidèles,

 Minute de silence

Lundi dernier, 13 juillet, j’apprends une triste nouvelle.

Une minute de silence et de recueillement pour la mémoire de lalla Khadija, mère de nos amis ZAKI, disparue ces derniers jours. Prions pour son repos éternel. Que la miséricorde de Dieu l’accompagne. Mes condoléances et ma sympathie à  notre ami Nour- Eddine et à sa famille.

 

Pour info, ce mercredi 8 juillet:

 

Le Directeur Général de la Sacem, dans ses bonnes dispositions à notre égard et pour encourager notre initiative, m’informe qu’il essaie de nous offrir le déjeûner du 18 Juillet. Il a besoin de connaître le nombre exact de participants. Je vous demande de vous signaler, en appelant le 06 58 84 39 76, au Maroc, entre 10h et 18h, tous les jours. Date limite d’appel: le 16 Juillet. Je dois confirmer à la Sacem vos présences ou vos absences à cette date précise.

Merci à tous!

 

 Aujourd’hui, mercredi premier juillet, les amis de Ouarzazate m’informent qu’ils tiendront une réunion, samedi 4 juillet, vers 20 heures (heure locale), pour faire une mise au point sur les préparatifs des 18 et 19 juillet. Je les remercie pour leur force de caractère, leur foi dans ce que nous entreprenons. On avance!!!!!!

DERNIERE MINUTE:

Notre ami TAOUZI Rachid m’a fait parvenir les coordonnées du compte bancaire ouvert ces jours-ci et destiné à recueillir vos participations. Les voici:

086 001 09397  5
au nom de mr IMGHRI Said
ouvert à crédit du maroc
agence ouarzazate

 

PS:

Ci joint le RIB complet de mr Imghri Said, compte ouvert au nom des iminiens
Bonne réception

021 550 0000 086001093975 59

 

Merci  de veiller à y déposer vos fonds, le plus vite possible. Il ne nous reste plus beaucoup de temps. J’insiste sur ce détail: Nous avons besoin des participations BIEN AVANT la rencontre, pas LE JOUR MÊME  .  Je me rendrai à Imini, une semaine avant notre manifestation pour donner un coup de main aux amis qui font un extraordinaire effort pour organiser les préparatifs. Je les en remercie. 

lèpre Red

Je n’ai pas eu le temps de finir l’article précédent intitulé « Sans complaisance ni concession ». Je le reprendrai ultérieurement, dans sa version intégrale, définitive. Pour l’heure, l’urgence m’a paru se profiler, ailleurs.

      plaque abîmée Red

A.   L’insoutenable

J’ai vu ce que l’œil supporte mal. Ce que ni le cœur ni la raison ne comprennent ni n’admettent. J’ai vu le visage de la bêtise, fêlure sur le fronton de notre mémoire. J’ai vu ce qui aveugle de colère. J’ai vu ce que je n’aurais pas voulu voir….. L’innommable ! J’ai vu le recul de l’esprit, la lèpre rampant sur les murs et pénétrant ce qui reste des consciences cassées, défaillantes. J’ai vu des regards fuyants et coupables. J’ai vu des lèvres muettes, tordues et hypocrites. J’ai vu la face hideuse de l’indifférence au symbole et à son expression minérale que nous nous sommes évertués à dresser, pensions-nous, pour longtemps. J’ai vu qu’il nous reste beaucoup à faire pour arracher à l’obscurité des enfants, des hommes et des femmes peu enclins à préserver une idée noble à laquelle ils n’ont rien compris. Il nous faut tout recommencer et, sans cesse,  continuer, malgré tout.

B.  L’espoir, tant que nous serons là

Devant le spectacle affligeant que j’ai reçu en pleine figure, comme une injure, j’ai décidé de réunir quelques amis, disponibles. Mon appel, de Marrakech, à nos amis du Maroc a été entendu. Je remercie tout le monde, en particulier, ceux qui se sont déplacés, de loin (de Rabat, de Ouarzazate, de Agdz, de Casablanca ). J’aimerais dire toute ma gratitude à chacun, pour l’amitié et la fidélité qu’il continue de me manifester, en répondant à mes rendez-vous. J’en suis  très touché.  

Etaient au rendez-vous de Marrakech, ce 24 Mai, les amis :

réunion marrakech Red

  1. NAYLI Mohamed
  2. BENTALEB L’haj Hassan
  3. BENTALEB AÎCHA
  4. BENTALEB (fils de L’haj )
  5. LABAOUI Moulay Mohammed
  6. LABAOUI Moulay Slimane
  7. BRAHIMI
  8. AHOUKAR Ali
  9. MERBOUHI L’haj Abdallah
  10. IMEGHRI Saîd
  11. AMAZAR
  12. ZDADI Ali
  13. ABERCHIH Taîb
  14. ABERCHIH Mohammed

 

 

D’autres amis n’ont pas pu venir. Il faut dire que j’ai pris de court, tout le monde. Une affaire menée en vingt-quatre heures. Merci, encore à tous ceux qui  ont donné de leur temps et de leur énergie pour venir me rejoindre aussi vite.

Par expérience, je sais que notre manifestation nécessite un minimum d’organisation. Par expérience (celle de l’été dernier ), j’ai appris à anticiper les problèmes. Le plus délicat est celui de la participation financière de chacun. Cette année, nous la fixons à cent (100) Dirhams, par personne. Ceux qui arriveront en famille ou accompagnés devront s’acquitter de cette somme pour chaque personne adulte.  Le montant est relativement dérisoire pour mener à bien notre rencontre. Les bienfaiteurs sont sollicités pour renflouer les finances, en cas de besoin.

La collecte des fonds est confiée à nos amis, selon la répartition géographique suivante :

Marrakech :

MERBOUHI

IBRAHIMI

BENTALEB Aïcha

Ouarzazate

IMEGHRI Saïd

  Rabat

 LABAOUI Moulay Mohammed

 Casablanca

  AHOUKAR Ali

Aït-Ourir

 ZDADI Ali

Agdz

LABAOUI Moulay Driss

J’ai provoqué cette rencontre pour des raisons multiples. Je ne vous en dévoile que la plus importante. Je me réserve l’opportunité de porter à la connaissance de tous, le reste de mes motivations et de mes emportements, quand nous nous retrouverons à OUGGOUG. Car, nous nous y rendrons, chers amis, comme l’an dernier. Je sais que vous serez atteints, aussi. Notre plaque commémorative a souffert de vandalisme, nos arbres ont fait les frais d’une impardonnable négligence. On a laissé les troupeaux vagabonder au milieu des arbres que nous avons plantés. Il ne reste de tous les fruits de nos efforts que quelques touffes que la SACEM s’est empressée de protéger derrière un grillage de fortune. Honte aux gens de Timkit. Quand des grillages et autres barrières sont érigées, c’est le signe d’une irresponsabilité chronique, indécrottable. Bien entendu, personne n’a rien vu, personne ne se sent coupable, de rien. Pourtant, j’étais reparti de Timkit, serein, convaincu que j’avais réussi à semer la graine de civisme et de l’esprit de responsabilité qui nous incombe à tous, jeunes et anciens, pour consolider et transmettre l’idée que nous appartenons au même lieu et que nous en partageons l’héritage, avec le devoir de le céder aux générations à venir, dans sa plus belle expression de solidarité.

moi avec enfants timkit Red

Passé le coup de colère, la raison dicte sa loi. La question n’est plus « qui a fait ? », mais « Qu’avons-nous raté dans notre tentative de l’été dernier ? » Une deuxième rencontre s’est imposé à moi, d’emblée. Nous devons continuer ce que nous avons entamé. Nous devons mieux expliquer notre projet ; ses enjeux, surtout. Les ouvriers ne nous ont pas rejoints au mois d’Août dernier. Ils ne se sont pas manifestés, à nos côtés. Je ne comprenais pas. J’avais, pourtant, invité la population entière, par le truchement de ses représentants syndicaux que j’avais rencontrés à Ouggoug.

 Me trouvant, en ce mois de mai, à Imini, à l’invitation du Directeur Général de la Sacem, j’ai tenu à éclaircir cette situation et à lever toute équivoque avec les ouvriers. J’ai appris que leur représentant syndical ne les avait pas tellement convaincus de venir nous rejoindre. Il n’a pas fait son boulot, pour de mesquines raisons. Ne pas faire correctement son boulot est un sport national, ici. Il n’y a pas lieu de s’alarmer, me répète-t-on, c’est normal.

J’ai discuté avec les nouveaux syndicalistes qui nous assurent, cette fois-ci de tout leur soutien et du concours des habitants qu’ils mobiliseront pour nous accueillir « dignement ». Je n’en demandais pas tant, mais, je prends leurs promesses pour tenues. La cause étant ainsi entendue, je me suis longuement entretenu avec Monsieur Benjillany, en présence de notre ami ABERCHIH Mohamed. Comme à notre accoutumée, la discussion a été fructueuse, cordiale. Je vous tiendrai au courant des bonnes décisions dont m’a assuré Le Directeur Général au bénéfice de notre action, et d’Imini.

Après Ouggoug, je me suis rendu à Ouarzazate où j’ai eu le plaisir de revoir, chez mon ami BAMOU , des Iminiens, volontaires, pleins d’entrain et d’enthousiasme. Ceux qui n’ont pas pu se déplacer ( de Zagora ) soutiennent mon initiative.

C. Une détermination à toute épreuve

La réunion de Ouarzazate, ce 30 Mai, a entériné les décisions prises au cours de la rencontre de Marrakech.

Nous nous rencontrerons bien cet été.

Les dates du 18 et 19 Juillet ont été retenues.

L’œuvre que nous avons initiée l’été dernier continue et je veillerai à ce qu’elle ait toutes les chances d’aboutir. Aucun obstacle, aucune obstruction, aucun complot ne me contraindraient à y renoncer. Je suis Iminien et j’en appelle à tous les Iminiens, honnêtes et solidaires. Uniquement à eux.

 

D.  Préparatifs de la rencontre

Dors et déjà, nous avons constitué des groupes de travail. L’objectif, tout d’abord, de cet été : nous sommes résolus. Nous ne nous quitterons pas à Imini, sans avoir constitué, en bonne et due forme, l’association que chacun appelle de ses vœux. Dans cet esprit, un comité préparatoire des statuts et objectifs de l’association a été désigné. Nous les discuterons pour les finaliser, en séance plénière. Je vous demande de contribuer à l’élaboration de ce projet. Chacun peut réfléchir, dès maintenant, à toutes les pistes et propositions susceptibles d’enrichir la structure et le fonctionnement de l’association. En attendant vos propositions, nous avons chargé les amis suivants de tracer les grandes lignes du projet :

1.Abdallah ABDEDDINE

2. Driss LABAOUI

3. Slimane LABAOUI

4. Saïd IMEGHRI

 Ce premier comité a été désigné par les amis présents à la réunion de Ouarzazate, dont les noms suivent : 

1. LABAOUI Moulay Slimane

2. IMEGHRI Boujemââ

3. BOUTATEN Lahcen

4. TAOUZI Hicham

5. ABDEDDINE Abdallah

6. LABAOUI Moulay Driss

7. ABERCHIH Mohammed

8. AÏT EL MEKKI Mostafa

 réunion ouarzazate Red

E.   La collecte des fonds

Tous les amis désireux de nous rejoindre sont priés de faire parvenir leur obole à chacun des correspondants de région cités plus haut. La date butoir est fixée au 10 Juillet. Les participations de cent Dirhams sont impérativement attendues à cette date, pour les retardataires. Nous qui étions à Ouarzazate et à Marrakech, nous nous sommes acquittés de cette tâche, sur place. Je vous demande de respecter ce délai du 10 Juillet afin que les préparatifs se déroulent dans les meilleures conditions. Il ne sert à rien de garder sur soi le billet de cent Dirhams jusqu’au matin de la rencontre. Il ne pourra plus nous servir à rien dès lors que des achats nécessaires auront été effectués longtemps, auparavant. Comprenez que votre participation n’est attendue que pour nous permettre de mieux vous accueillir.

Tous les fonds doivent parvenir à notre ami MERBOUHI  L’haj Abdallah à Marrakech dont voici le n° de téléphone : 0661240748. C’est lui qui est chargé de coordonner les affaires financières et de veiller à ce que chaque centime soit dépensé pour la bonne cause. Il nous rendra compte des dépenses engagées, en séance publique.

 

 

 PROGRAMME des deux journées de rencontre

   Le 18 Juillet :

 

  • Ø   10 heures    :        Accueil général à la cantine du village de Bou-Tazoult
  • Ø   14 heures  :         Déjeûner amical
  • Ø   16 Heures :         Début des travaux ouvrant constitution de l’association des anciens élèves d’Imini
  • Ø   20 Heures :       Dîner, soit au village, soit à Timkit.
  • Ø   22 Heures :        Soirée festive

 

 

   Le 19 Juillet :

 

       ü 8H30 :             Promenade commune sur les sites de Bou-Tazoult, Bou-Azer, Tighermine et autres lieux de mémoire

     ü 12H30             Prière à la mosquée du village de Bou-Tazoult et/ou à l’église

    ü 14 Heures :               Déjeûner à Bou-Tazoult

   ü 16Heures trente     Départ pour Ouarzazate

   ü 19 Heures trente     Dîner à l’hôtel Hanane de notre ami BAMOU

  ü 21 Heures                    Soirée festive à l’hôtel

  ü 23 Heures                  Fin de notre rencontre

 

 

 

  • Note personnelle :

 

Mon souhait le plus grand, est que la rencontre de cet été soit plus fructueuse que l’an passé. Nous ne devons pas remonter d’Imini, sans avoir constitué un bureau digne de ce nom à qui nous confierons la destinée de cette première expérience des Iminiens. L’enjeu est de taille. Et le système de copinage doit être prohibée de toutes nos forces. Nous devons élire des Iminiens qui présentent des garanties. La première, dans mon esprit, est celle d’une intégrité morale, indubitable. La seconde est une capacité à rassembler par des talents de rassembleur responsable. La troisième est celle d’une disponibilité entière, le corollaire de celle-ci n’étant rien d’autre que l’abnégation. On n’aboutira à rien si les responsables du bureau s’en tiennent au strict minimum des attributions de leurs mandats. Il faudra faire plus. Se déplacer, rencontrer d’autres acteurs sociaux et institutionnels, nationaux ou internationaux. On ne dirige pas une association, assis sur sa chaise, attendant le déluge ! Il faut des volontés !Des gens qui ne comptent ni leur temps ni leur argent, qui ne se dérobent pas, ne négligent aucun effort, ne se satisfont pas de peu, ambitieux pour notre cause. Des gens qui ne tressent pas des guirlandes de motifs ou de prétextes pour justifier leurs absences, leurs défaillances dans l’accomplissement de leurs tâches. Des gens qui auront compris qu’un échec de cette première expérience sera lourd de conséquences. Des gens qui auront compris que leur engagement n’est pas rétribué. Leur engagement est moral. De ce fait, il vaut mille autres engagements.

DERNIER POINT :

Un communiqué dans la presse locale et nationale donnera une large diffusion à notre projet de constitution de l’association. Je vous tiendrai informés dès sa parution.

Merci à tous ceux qui nous aideront à faire en sorte que cet évènement soit digne de nous et de nos parents, vivants ou morts.

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Chers amis, fidèles ,

*      Un mot pour vous, tous, qui aviez eu la délicatesse de m’exprimer votre soutien moral et fraternel, à la suite du décès de ma mère. Merci, du fond du cœur.

 

*      Un autre remerciement pour ceux des iminiens qui sont venus sur le blog et m’ont prodigué conseils et encouragements.  Parmi ces camarades, Laghlali nous apprend le décès de mon ami SALAF. Encore un camarade de génération qui tire sa révérence. La liste des disparus s’étoffe, implacablement. Je prie pour mon ami et assure ses enfants et sa famille de mon entière solidarité, de ma profonde sympathie.

 

*      Une pensée pour notre ami Abdallah MERBOUHI que j’ai eu le plaisir de rencontrer, durant mon séjour, à Marrakech. Abdallah a créé une entreprise qui, je pense, connaîtra un essor certain. Je suis touché par l’attitude de Abdallah. Par solidarité, il a embauché, quelques iminiens. Une initiative et un exemple qui méritent d’être salués.

 

*    APPEL A CONTRIBUTION

 

Le Directeur Général de la SACEM m’a demandé d’étudier la possibilité d’organiser un colloque sur Imini. L’idée m’a enthousiasmé, bien sûr. Depuis le temps qu’un tel travail était resté en souffrance. Enfin, il serait à portée de main, de pouvoir se pencher sur La mine, en mobilisant les moyens rationnels et scientifiques qu’un tel projet appelle.

Je suis donc décidé à tenter le pari. Notre Imini mérite bien ces efforts. Ce faisant, il s’agira de quitter les ornières stériles du souvenir de chacun, pour entreprendre une construction de la mémoire collective, soutenue par les apports que la science historique, sociologique et anthropologique sont à même  de mettre en œuvre.

Je prévois la tenue de cette manifestation à l’été 2010, si Dieu nous prête longue vie. Le travail de préparation est considérable. Mais, je suis optimiste et opiniâtre. L’aide de tous est souhaitée. Dors et déjà, deux de mes camarades de génération, universitaires, ont adhéré au projet. Ils participeront, chacun dans son domaine, par une contribution. Moi-même, en sociologie et en anthropologie, j’apporterais ma pierre, modestement, à cet édifice. Ceux d’entre vous qui  souhaitent nous assurer de  leur concours sont les bienvenus. Les résumés de leurs interventions doivent me parvenir, au plus tard, courant février 2010. Les communications se feront soit en arabe, soit en français, anglais ou allemand. Les actes de ce colloque seront publiés et constitueront une trace écrite pour les générations des Iminiens.

Les détails de ce projet vous seront communiqués au fur et à mesure de leur élaboration. L’intitulé de ce colloque est : « La mine d’Imini : histoirte et société »

J’ai pris contact avec l’Ecole des Mines de Paris où quelques travaux concernant Imini ont été dirigés. J’attends des réponses des auteurs. Leur participation rehausserait le niveau des interventions. Le Directeur Général de la SACEM ne manquera pas de mobiliser des personnalités au Maroc afin que ce projet connaisse l’audience qu’il mérite. Bien évidemment, un volet festif est prévu après l’aridité du colloque.

A mon humble avis, s’il est un moyen susceptible de redonner vie à Bou-Tazoult, c’est bien  par ce biais, aussi qu’il adviendra, en appui à d’autres projets qui restent à concrétiser.

Alors, chers amis, nous voilà  devant un défi . Un autre après celui de l’été de notre rencontre à OUGGOUG. Je suis sûr que je peux compter sur la bonne volonté de chacun. Par avance, merci.

 

AVERTISSEMENT :

Je vous livre un texte, fruit de mes observations, de mes réflexions sur quelques comportements largement et sournoisement diffus dans notre pays.

Comme il ne tiendra pas sur une page du blog, je diffère sa publication jusqu’au dimanche 5 avril, le temps que vous puissiez prendre note de mon appel, et de le commenter, éventuellement. Mais, mon propos introductif vous indiquera son orientation et son esprit.

                                Sans complaisance ni concession

 

     Je reviens du pays. Le cœur gros. Pas d’émotion, de dépit. Les retours sont toujours pénibles. J’ai opéré, cette fois-ci, une totale immersion dans le milieu. Cela ne m’est plus arrivé depuis une bonne trentaine d’années. L’expérience m’a secoué. Pourtant, je ne suis pas un naïf.

     Vivre parmi les nôtres, au quotidien, est une rude épreuve. Partout. Tout le temps. Pour des gens comme moi, immigré ou exilé, appelez cela comme vous voudrez, le choc est dur, redoutable. Partout les signes d’un délitement des valeurs morales, d’une décomposition de l’esprit civique. Un vrai chaos  accable l’espace public marocain où s’affrontent, sans merci, des tendances primaires, propres aux sociétés sous-développées ou en déclin.

 

 

          «  Deux choses sont infinies : l’univers et la bêtise humaine »

                                                                              (  Einstein )

 

 

1.     De l’illusion

 

   Une abstraction, comme un vœu pieux, traverse la société marocaine : la certitude de s’être installée, définitivement, dans la «  modernité ». Une «  modernité », visible, évidente, me répète-t-on. La pensée commune s’entête et l’affirme comme allant de soi  dans un pays où la hauteur de chaque immeuble, les façades rutilantes d’arabesques, le disputent aux belles terrasses des cafés inaugurées à chaque coin de rue, ourlées d’îlots de verdure, artificiels.(Mais, de bibliothèque, point). La modernité trouverait aussi ses signes manifestes dans les grosses cylindrées noires ou gris anthracite, symboles de la réussite sociale, attributs emblématiques d’une « modernité » assumée par une élite endimanchée à tout crin, entraînant, dans son délire de flamboyance grossière et tapageuse, les plus déshérités mais non moins enclins à tous les excès, à  tous les travers de l’apparat.

   Les arêtes ou les coupoles des villas, les programmes urbanistiques ou les résidences enclavées des classes moyennes, cernées de vigiles, dénotent, certes, une accession de ces  classes au panthéon de la consommation des biens d’équipement moderne. L’on ne peut, raisonnablement, inférer de ces nouveaux modes de vie, une quelconque appropriation des caractères ou des codes  définitoires de la modernité. L’équation est fausse de vouloir établir, de fait, une adéquation mécaniste entre l’appropriation des signes d’un mode de vie contemporain, urbain, et la revendication de ceux de la modernité. Le pas est abusif. Cette conception vulgaire et non raisonnée de la modernité induit à un syllogisme des plus douteux, comme tout syllogisme faux. Le raisonnement syllogistique  déroule ainsi, ses prémisses et sa conclusion :

a.       La modernité, c’est l’acquisition, voire, l’accumulation des biens de consommation ou d’équipement propres au monde moderne.

b.      Or, ces biens, je les possède.

c.       Donc, je vis, de plein pied et de plein droit, dans la modernité.

 

2.     De la modernité

    La modernité ne se dévoile pas sur les murs, les enseignes, ne se rencontre pas dans les parcs, ou les supermarchés ou  sur les réseaux autoroutiers. Pas plus qu’elle ne se laisse réduire aux artefacts de la consommation, aussi moderne soit-elle.

   Elle se donne à  lire dans l’aptitude à une bonne et authentique gouvernance, au niveau politique, comme elle s’appréhende dans les capacités d’une société à se construire un espace  commun de relations et d’interactions par lesquelles s’exerce une pratique raisonnée et raisonnable des libertés respectueuses des lois , des droits et obligations qui incombent et s’imposent aux individus, de manière égale. On comprend, dès lors que la modernité n’est autre que l’expression d’une justice sociale qui fonde ses principes élémentaires dans l’enjeu de la préservation des droits humains. La garantie que ces droits humains sont acquis ne peut s’observer entre les murs clôturés des villas cossues. Elle est perceptible dans le canevas des normes morales assumées par les groupes sociaux, acteurs dans l’espace d’une citoyenneté assurée ou en devenir…./…

ali-menant-la-dance

  • Il  en est des évènements comme des hommes. Tous les deux sont tributaires du temps et peuvent se jouer de ses râtés ou provoquer, en  quelque écume,  ses aléas. Le temps de l’évènement n’est que rarement celui des hommes. enfant9Les hommes demeurent impuissants devant Chronos qui passe , sans les hommes. Un imbroglio, en apparence, sans fond. Et qui soulève la question : de l’homme ou de l’évènement, lequel induit à l’action, au mouvement? Car, si l’homme s’évertue à comprendre les suites efficientes des temporalités distinctes et autonomes, il n’en saisira jamais le dessein général,  l’aboutissement final. L’homme ne s’affranchit des vicissitudes du temps et de son corrollaire, l’évènement, que s’il en maîtrise le sens et la portée.enfant11
  •     Nous voila à l’orée d’un nouvel an qui suinte déjà les malheurs ingurgités la veille. Ceux à venir, les hommes s’en préoccupent, en les reléguant au temps de l’incertitude. Les hommes, à coups d’artifices , de frou- frou et de flon-flon, célèbrent, dans la démesure, leur rendez-vous avec le temps, l’instant d’un évènement planétaire. Les publicitaires, les marchands de rêves, de nouveau magnanimes, se ruent au-devant des désirs. Ils les embellissent, quand ils n’en fabriquent pas pour qui est en peine de s’en imaginer un. enfant-1-et-son-arbreLa crise qui secoue les places financières et déroutent les économies mondiales a quelque vertu : elle se dévoile aux  incrédules et révèle aux aveugles des degrés insoupçonnés de dénuement. La crise, tout le monde en parle. La crise, il s’en trouve pourtant qui ne la connaissent pas. Le grand luxe aura, dit-on, tiré son épingle du jeu, sur les tablettes comptables de fin d’année.enfgant6
  • Curieux que la mémoire des hommes achoppe sur la condition d’ autres hommes. Les Israéliens, comme de coutume, font le coup de force, sans état d’âme. Enfants des rescapés de la nuit et du brouillard, ils croient avoir trouvé la lumière quand ils sombrent dans les méandres de l’arrogance noire. Leurs salves meurtrières fauchent enfants, femmes et vieillards. enfant-2-et-son-arbreElles fauchent aussi l’espoir dans un silence assourdissant, complice et coupable du monde. En tout cas de ce monde aliéné par sa propre culpabilté. L’espoir n’est plus de ce côté-là. Je ne sais où il a élu domicile. Il est partout et nulle part. A portée de main et vite anéanti. Les hommes lui courent derrière quand ils l’ont dans le dos. Absurdité !Moi, je me cale dans mes doutes. Et, comme tous les sceptiques, je me construis mes propres images d’espérance. moi-conversant-avec-les-enfants1Elles existent. Je les ai rencontrées l’été dernier, sous le soleil de plomb de Timkkit. De petits bambins que le destin a placés sur mon chemin. De petits bambins au destin improbable. De petits bambins attachants qui ont bien voulu partager avec moi quelques instants d’espérance.hammou-avec-les-enfants Autour de quelques trous creusés la veille, nous avons lié connaissance. Je crois toujours à la force du verbe et au sourire des enfants. Leur charme a opéré sur moi. Ils ont bu de mes paroles. C’est simple, l’espoir, finalement. On le trouve là où on l’attend le moins. Moi, j’en  étais submergé, comblé. enfant3-et-son-arbre
  • Les enfants étaient là. En retrait, quelque peu effarouchés par tant de fébrilité qui venait s’emparer du village. Ils étaient assis, dos à la haie de roseaux, en rond d’oignons, intrigués par notre arrivée. Intimidés, certainement qu’ils l’étaient. enfant4J’avais résolu, bien avant de me rendre à Bou-Tazoult, de les impliquer dans nos activités, les considérant comme la clé de voûte de notre projet, l’expression de son avenir. Les premiers pas que j’entrepris en leur direction me pesaient. Je faisais irruption dans leur temps à eux qui n’était pas le nôtre. enfant7Je suscitais un évènement de notre temps d’adultes et je m’apprêtais à le leur faire adopter. Je n’eus pas à me forcer. Les enfants avaient compris l’enjeu. Dès lors, la magie dont ils sont capables a illuminé nos coeurs. Je leur avais promis quelques récompenses s’ils s’occupaient des plants jusqu’à notre prochain retour. enfant8Je leur avais promis de publier leurs photos sur le blog. Aujourd’hui, c’est chose faite. Je les remercie, tous, pour leur gentillesse. Je les remercie pour la confiance qu’ils ont manifestée, si spontanément au contenu de notre action. 
  • A eux, en particulier, et à vous tous, mes amis, j’adresse mes voeux les plus sincères à l’occasion de ce nouvel an. Merci à ceux qui m’ont envoyé leurs veux par courriel privé.photo-de-groupe

En vrac

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Bonjour tout le monde,
     Depuis Imini, je n’ai pas pu vous joindre. La plupart d’entre vous connaissent la raison de mon silence. Ma mère est gravement malade. Opérée du cerveau à Marrakech, elle lutte pour la vie dans un hôpital parisien. Je n’ai pas l’esprit à grand chose. Merci, par avance, de votre compréhension. Et je remercie tous ceux d’entre vous qui  m’ont envoyé leur témoignage de solidarité.

Ceci  étant, je voudrais vous souhaiter une bonne fête de l’Aïd El Kébir. Puissiez-vous festoyer dans la joie et la paix avec vos proches. Et bénir la providence si elle vous comble de ses bienfaits.
Cette fête est née d’un paradoxe apparent,  si l’on s’en tient au récit abrahamique fondateur. Un père, Sidna Ibrahim, sous l’injonction divine, s’apprête à sacrifier la vie de son fils, Sidna  Ismaîl, pour attester de sa foi. Sous l’angle humain, une telle épreuve n’incite à aucune allégresse.

 Comment, alors, un évènement douloureux a-t-il donné lieu à une pratique sociale séculaire, toute teintée de réjouissances et de religiosité ? Ce glissement puise son sens et sa force dans ceux des symboles qui lui sont liés. Le salut me paraît être celui qui cristallise en lui, tout seul, le sens et le symbole significatifs et structurants. Sidna Ibrahim est sauvé par sa foi en la parole et la puissance de Dieu. Sidna Ismaîl sauve son père en lui obéissant. L’agneau sauve le père et le fils et les consacre dans la Bénédiction Divine. Le sacrifice n’a pas eu lieu. Mais il vit dans l’esprit de chacun des protagonistes de la narration. C’est la tradition du mythe merveilleux qui lui confèrera, en l’entretenant, sa dimension symbolique,  marquant,  définitivement l’histoire des hommes. 
Les péripéties de ce récit soulignent un autre aspect symbolique, celui du partage et du devenir commun assumé. Le sort du père est conditionné à celui  du fils. Celui du fils est lié à celui du père. Le sort des deux est résolu dans l’apparition de l’agneau. Une boucle d’impératifs, une parabole de solidarités qui rejoint celle du salut. Salut et solidarité sont donc les deux pierres angulaires de la manifestation de la réjouissance. On ne peut se réjouir qu’à la condition de satisfaire aux deux principes. Mais, le fait-on, si l’on se contente d’agapes  auxquelles le lointain souvenir du dilemme de Sidna Ibrahim, dévoyé dans l’interprétation vulgaire, donne lieu, de nos jours ? Le sacrifice auquel  le  patriarche était prêt est réduit à sa portion congrue. On égorge. On consomme, déguste, entre soi. Dans un rituel vidé de sa substantifique  moelle. Dans l’indifférence.
 Ceux qui ne sont pas de nos familles ne doivent pas souffrir de notre indifférence. Il y a tant de miséreux autour de nous. Particulièrement en ces temps de crise et d’égoïsme rampant. Ce siècle, naissant, est une honte. Ce siècle, comme les précédents, depuis que l’occident les a taillés à sa mesure, façonnés à son image, a érigé au rang de ses valeurs cardinales, les supermarchés, le Dollar, le Yen ou le Mark ou la Livre ou le Shekel. Les temples, les églises, les pagodes et les mosquées, bafoués, tagués, violés ou boudés par les mystiques  du CAC 40, du Nasdaq, du MASI ou autres icônes boursières, sont immolés sur l’autel de l’accumulation, de l’outrance et des dérives morales. Triste époque où le mépris des nantis et des parvenus jette les malheureux, les nécessiteux, les saints et les justes  dans les griffes des nuits de détresse, de  famine et de désespoir.
L’arrogance a submergé la planète, par ailleurs, saccagée. Chez nous, tout aussi bien, elle a élu domicile. Le fort dame le pion au faible.  Faibles ou indigents, les gueux traînent leur vie ou ce qu’il en reste,  ici, sur les bouches des métros, ailleurs, au beau milieu des morts  à qui ces relégués de la vie moderne disputent leurs derniers arpents de terre.  Non, vraiment, je ne vois pas où serait la grandeur des nations civilisées. Elles font illusion, voila tout. Le drame, c’est que nous nous échinons à les singer. Sans complexe. C’est le syndrome de la modernité ou prétendue comme telle, assumé dans toute la splendeur de son ridicule. Le ridicule n’a pas de patrie.
Sur mon palier, un voisin a cru bon de manifester son humanisme. Il pose, à sa porte, tout flambant neuf, un paillasson. Sur ce paillasson, une inscription tressée, d’un jaune moutarde. Chaque fois que j’ouvre l’ascenseur, je ne manque jamais de tomber, nez à nez, avec l’humanisme fluorescent du voisin. Je ne peux pas m’y soustraire. Lui, non plus ne peut pas me rater.  Je lis toujours le message humaniste du voisin. En gros caractères : « BIENVENUE ».
Depuis que j’habite en face de ce voisin, je n’ai pas vu  foule de visiteurs se précipiter chez lui. Il ne reçoit jamais. Il se reçoit, lui-même avec lui-même, sa femme avec  elle-même. C’est vrai que cela fait déjà quatre personnes .J’oublie le chien ! Vous pensez bien, une famille, ici, sans chien, sans chat ? C’est grâce à eux que  les misères de la vie sont supportées. Le paillasson, c’est aussi pour eux.  Le voisin a dû leur apprendre à se frotter les pattes avant d’entrer. Eux, ils entrent. Ils ont déchiffré le message du voisin. Moi, vous l’avez compris, je n’ai pas les faveurs du voisin. Je ne suis ni un chien, ni un chat. Je ne suis jamais entré chez lui. C’est qu’il ne m’y a jamais convié. Son humanisme s’arrête aux chiens, aux chats, à lui, tout seul. Non, il y a sa femme. ET puis, leurs ombres. Du monde, tout çà !
 Est-ce de l’humanisme dont il s’agit ou de l’hospitalité ? Des deux, bien évidemment. La preuve, c’est le paillasson !
Le paillasson, moi aussi, j’en ai mis un . Il n’ y a rien d’écrit, dessus. De tous les voisins de mon petit immeuble, aucun ne vient nous rendre visite. C’est de notre faute. Il n’ y a pas écrit : «  BIENVENUE ». Curieux ! Parmi nos voisins, j’en avais invité quatre. On est toujours, en bons termes, rassurez vous. Normal. Tout à fait normal, entre gens civilisés. On continue, quelques fois, à parler du ciel gris ou bleu de Paris…. devant l’entrée de l’immeuble, pendant que le chien bave sur mon pantalon.
Nous, au bled, nous n’ étalons pas ces paillassons. Beaucoup ne savent pas écrire, encore moins dans l’emphase calligraphique, le  mot « BIENVENUE ». Ils savent mieux que l’écrire. Ils le portent dans leur cœur, le roulent sur leurs lèvres. Et la civilisation  et la modernité leur bavent dessus.

Des moments de grâce

  • Chers amis;

DERNIERE MINUTE:

  • J’apprends par notre ami NOURMAN que La soeur de Hassan MERBOUHI vient de décéder. Je présente mes condoléances à notre ami Hassan et assure sa famille de mon soutien. Merci de manifester votre solidarité.

  • Je suis au regret de vous annoncer que je ne serai pas en mesure d’assurer un fonctionnement normal du blog. Certains d’entre vous savent, depuis Ouarzazate, que ma mère a été opérée, à Marrakech. J’ai été un mauvais fils, en la laissant à la clinique et en me précipitant à Ouarzazate pour préparer votre arrivée. Rapatriée par avion sanitaire à Paris, elle est dans un état sérieux. Je passe toutes mes nuits auprès d’elle, dans un hôpital. Par conséquent, Mes soucis sont autres que le blog. Merci pour votre compréhension.

     Si la grâce peut s’incarner sur des visages, alors pas de doute, elle rayonne sur ces sourires transfigurés. Je suis subjugué. Emu sans retenue. J’ai rêvé de ces instants où des générations d’Iminiens pourraient se donner des accolades et partager des regards affectueux. L’haj Rami, tardivement connu sous le nom d’AZIKI, semble aux anges, sous l’oeil attendrissant d’un jeune Iminien. Je ne reste pas de marbre devant cette photo. Elle incarne notre rêve réalisé. Je remercie notre ami Slimane d’avoir accompagné son père, de loin. Je m’incline devant ce vétéran des premières heures. Encore  bon pied bon oeil, il a compris l’importance de notre rendez-vous. Il a répondu présent. Il est venu et avec lui tout le bonheur de blanc immaculé. Il méritait bien toutes les attentions, une haie d’honneur, son sourire, écrin d’argent au coin des lèvres. MERCI HAJ. MERCI SLIMANE.

Les Iminiens de toute génération, de tous horizons, ont mérité de se rencontrer. Leurs sourires, leur compassion, dans la fraternité de ces moments de rare connivence, se sont manifestés dans les poignées de mains chaleureuses, dans les épanchements des coeurs. Il n’ y a pas de sublime bonheur!  Et ces quelques photos en témoignent, pour l’éternité.

Merci à tous ceux qui ont permis cette communion des âmes et des esprits!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Mes très chers amis,

     Je ne pasticherai pas le slogan publicitaire vulgaire d’une sombre officine commerciale. Mais il est vrai que nous tous, certains moins que d’autres, avions fait un rêve, à la façon de Martin Luther King, homme d’espoir s’il en fut. Nous avions rêvé de ces instants d’intense émotion, comme le figurent cette première photo et les suivantes. Nous l’avons rêvé et nous l’avons fait. Et, j’ose le dire, parfaitement bien fait.

     Vous avez été nombreux à faire le pélerinage. Le premier du genre dans les annales de Bou-Tazoult. Vous avez répondu à l’appel de la fraternité. Je vous en remercie tous, du fond sincère de mon coeur. Dans le tourbillon des préparatifs et du protocole de la rencontre, je n’ai pas pu m’entretenir avec la plupart d’entre vous. Que ceux que j’ai pu froisser d’une quelconque manière, trouvent ici l’expression de mes regrets, de mes excuses. Je ne suis animé que des meilleurs sentiments à l’égard de tous.

     Sââdia ZAOUI, Malika OUFINT et moi, avions tout fait pour que l’accueil qui vous est dû fût des plus chaleureux. Bien sûr, tout n’a pas été parfait, peut-être, mais nous avions donné le meilleur de nous, sans compter. Qu’il me soit permis, en votre nom, de rendre un hommage mérité à ces deux courageuses filles, intègres et volontaires.

     Je ne voudrais oublier personne de tous ceux qui m’ont apporté leur aide. Son Excellence le Gouverneur de la province qui a eu l’amabilité de me recevoir et de pourvoir à nos besoins, Monsieur Ali TERROUZI, Caïd d’Amerzgane qui n’a pas hésité un instant pour mettre à notre disposition et la tente et les Mokhaznis, Monsieur BENJILANY, directeur général de la SACEM, homme d’honneur, lucide et clairvoyant qui nous a facilité, et de beaucoup, la tâche. Les rafraîchissements, c’était une de ses idées et son cadeau. Monsieur ADDAD a aussi retroussé ses manches et nous a fourni, au pied levé, la deuxième tente. Je dois remercier du fond du coeur, mon ami, l’haj Mohamed BAMOU pour nous avoir gratifié de sa générosité. Monsieur EL KAOUI, Directeur d’exploitation par intérim, a couru, transpiré avec nous, pour mobiliser les ouvriers qui nous ont fabriqué le pied de la stelle. J’ai, pour ces derniers une pensée particulière et je leur témoigne ma gratitude. Mon ami LAMAOUI, député de Ouarzazate, est venu  offrir ses services et, même loin de Ouarzazate, il a contribué au succès de notre rencontre.

     Notre satisfaction  à nous tous, je l’espère, est  d’avoir donné corps à une idée simple et généreuse. Nos accolades, les larmes de Sylvie DECLERCQ, témoignent de l’affection forte qui nous unit. Nos souvenirs, enracinés dans nos enfances, ont affleuré au jour et, au mieux, ont généré chez chacun une nostalgie lourde, au fil du temps. Nous avons vécu avec cette nostalgie. Nous l’avons entretenue, aux limites de l’espérance.  Cette nostalgie nous a servi d’enclume que nous avons battue longtemps. On se satisfaisait de sa musique. On n’en tirait jamais une pièce de ferronnerie. L’image n’est pas de moi. Je l’emprunte à Bernard CLAVEL, auteur français. Elle me semblait correspondre à notre situation. Mais, à force de travail, aujourd’hui, chose est faite. Nous avons notre ferronnerie. Mais tout reste à faire. Et je pense à ce mot du grand Khalil JIBRAN:

  • ” La signification de l’homme ne réside pas en ce qu’il atteint, mais plutôt en ce qu’il brûle d’atteindre”.

La flamme qui brûle en nous est la même. Nous avons à coeur de l’entretenir aussi, chacun selon ses moyens. La flamme qui nous brûle, elle est déja dans tous les regards, les élans que nous avons partagés à Imini.

 

 

 .

Une photographie, comme tant d’autres. Celle-ci me tient particulièrement à coeur. MERCI à PAULETTE.

  • Monsieur Romano me suggère que le monsieur à droite serait KAFAYOUR ( BAHTITI ), le père d’un de mes camarades de la première heure. Il était l’un des tout premiers à être embauché. C’est simple, il portait le numéro matricule 1. Le père de MEZIANE d’Iflilt, portait le numéro 2. Hommage aux braves pionniers!

  •      Elle nous ramène aux temps des débuts. Des temps de rien, encore. Des temps des bâtisseurs et des hommes jetés dans la tourmente des temps durs ; de ces temps des lendemains de disette, d’épidémies et de rapines. Des hommes ont sillonné les routes, les chemins muletiers, les cols et les vallées. L’Atlas immense n’a pas pu les rebuter. De feu en feu, dans les nuits d’hiver, ils ont bravé les rigueurs du temps, le despotisme des caïds et des khalifas des IMZWAREN. Une poignée a trouvé son salut en posant les baluchons sur des côteaux couleur de suie. C’est en creusant cette terre qu’ils sont redevenus hommes de dignité. Deux d’entre eux, sur cette photo, posent. Raides et gauches, nous fixant par-delà le temps. Etrange sensation. Ils nous parlent. Leur corps parle pour eux. Deux silhouettes sobres, dans la rocaille et au pied de la colline familière, mais encore nue. Etrange photo. La Providence est reine de tant de destinées. Paulette Vautrin, par un matin brumeux, pose son pied, pour la première fois, devant les bureaux de la mine à Ouggoug. La montée du Tichka a eu raison de ses nerfs, une nuit de dure grimpée du col. Au chauffeur du camion dont elle a eu du mal à s’extirper, engourdie, elle dit tout son dépit et sa détermination de ne pas s’éterniser dans le coin…. Elle y restera une dizaine d’années.  Quelles circonstances l’ont menée là ? Elle le dira un jour, peut-être. Ce que je pense, c’est qu’elle devait être là, pas ailleurs. Sa vie devait croiser celles de tous ceux qui l’ont connue. Ceux qui nous ont quittés et ceux qu’elle a laissés l’ont marquée. Elle emportera à son départ des images et des tranches de vie qu’elle immortalisera et dont elle portera témoignage. Les passeurs comme elle, êtres d’exception, jettent des passerelles par-delà les âges et rapprochent, dans leur communion fraternelle, ceux d’hier et d’aujourd’hui. C’est d’un hier que surgit cette photo. Elle empoigne et tourmente. Je ne reconnais pas l’ouvrier de droite. Mais il a existé, lui aussi, depuis l’aube de tout. Qui est-il, qu’est-il devenu ? Il a mouillé cette terre de la sueur qui ennoblit  les hommes, fussent-ils anonymes. Cela seul suffit pour reconnaître en lui un frère, un père, un ami. Et il faut s’incliner.

 

  •      Je n’ai pas hésité un instant. Pas l’once d’un doute. J’ai bien reconnu  l’autre ouvrier. Corps plus élancé que la jeunesse arbore comme un étendard au vent, défiant le monde. L’attitude m’est familière. Une assurance quoique pataude encore  mais, néanmoins bien perceptible et prometteuse. Toute mon enfance, j’ai croisé ce regard en biais incandescent qui a ébranlé les plus téméraires.

 

  •    Mon oncle HEBAZ Ali, il s’agit de lui, avait l’habitude de rouler ses yeux sur vous. Et cela suffisait à fendre la terre qui vous portait. ” Un cas” me précisait, récemment, Paulette.  Joseline DECAILLOZ disait de lui quelque chose d’approchant. Son charisme et son intégrité l’ont porté au faîte d’une carrière exemplaire. De lui et de mon père, j’ai appris quelques règles simples de la vie, comme tous ceux pour qui la modestie, la rigueur dans le  travail,  l’exigence aussi, la volonté, la probité morale et intellectuelle constituent la voûte de tout. je ne saurais jamais assez leur rendre l’hommage qui leur est dû. Et pas seulement qu’à eux. A tous ces ouvriers et ces TAMKA ( Cadres marocains ) qui, par leurs encouragements, leur sollicitude, leur intérêt pour notre scolarité, notre avenir, nous ont forcés au dépassement de soi. Ceux qui m’ont marqué sont encore dans mon coeur. Je pense à DEISTER et sa femme MAMA, Si Mohamed ROUDANI et sa femme Lalla Khdouj ( FAÏQ ), SAKNI Mohammed, AMENHAR Mohamed, Abdesslem NMIRI, OUTANANE, H’ssi et M’barek TACHAOUCHT ( AZAYOU ), DARII, Abdallah L’GHOUJDAMI ( ZAKI ), MOULAY SAÏD, ALLAL ( l’épicier ), BAJLLOUL Jilali, Hassan OUTALEB, Abdallah N’CHTTO HAMOU, AÏT IDDER ( ALAYA ) SI hassan AGOURREM N’IFLILT ( MEZIANE ), Si L’houssaine AKOUTABLIY, Si H’med TIDILI ( BERKOUCH ), Bélaîd ISEMG.

 

  •      J’en oublie certainement. Il y a tellement longtemps. Mais leur souvenir, en moi, reste tenace. Je n’ai pas leurs photos. Certains sont décédés. Les survivants comme les défunts vivent toujours en moi. Et le respect pour chacun d’eux est intact. Je voudrais que l’on songe, dès maintenant, à réserver à tous les anciens qui nous ont imprégnés de leur âme, quelques pages dédiées à leur mémoire, à leur gloire. Ils étaient tous partis de rien. Ils nous ont insufflé leur esprit. Et je m’incline.

 

 

 

 

Bonjour les amis,

  • Dorénavant, j’estampillerai toutes mes photos. J’ai eu la désagréable surprise d’en retrouver, ailleurs. Plus rien ne m’étonne de cet ailleurs.
  • J’ai inauguré une série d’articles qui n’avaient pas de lien direct avec Bou-tazoult. “Le péril est humain”en est un exemple ( deux articles, à venir, complèteront le travail ). J’espère que mon intérêt pour les questions du monde sera partagé. Je n’oublie pas Imini. Je continuerai, alternativement, à traiter de notre mémoire qui mérite mieux que du simple “copier-coller”dont on abuse, ailleurs.

  • Aujourd’hui, je mets à votre disposition ce texte, extrait de ma thèse. Il s’agit d’un petit préambule qui inaugurait le travail de recherche. Je vous en souhaite bonne et fructueuse lecture.
  • Tout usage, toute reproduction, même partiels, sans mon autorisation écrite, sont strictement interdits.Tout abus est puni par la loi.

  • De l’évidence….

    L’expérience, lorsqu’elle ne fait qu’alimenter les évidences, est suspecte. Entretenant dans la connaissance familière l’illusion d’un savoir raisonné, elle interdit qu’on l’interroge ou qu’on la remette en cause. Si la culture profane reste immanquablement aliénée au dogme du fait évident, l’activité du chercheur doit conduire à une exploration de l’expérience qui demande, alors, à être niée, puis construite dans des cadres rigoureux d’une pensée réfléchie.
     On sait le rôle de l’obstination des « principes primitifs »(1) , comme disait Leibniz, de l’expérience première des faits sur les constructions ou les confirmations théoriques. Celles d’un Galilée ou d’un Newton, par exemple, ont rencontré la résistance de la chose évidente et le poids des inerties qui ont marqué les esprits. Car il était évident que la Terre était immobile comme il n’était pas besoin de prouver que le Soleil tournait autour d’elle. De même qu’il était tenu pour un fait suffisamment évident que les corps légers montaient et les corps lourds descendaient pour qu’on ne comprît point alors la nécessité de le montrer, de l’objectiver.
     Ainsi en a-t-il toujours été de ces évidences qui se nourrissent de l’allant de soi, entravant l’imagination théorique, négligeant de stimuler la recherche en se dérobant aux questions du Pourquoi  et du Comment, ces modalités de rupture dans  l’espace de « l’observation vulgaire » (2) où tout se postule plutôt qu’il ne se démontre.
     Que la Tachelhit soit la langue pratiquée par les tribus Mesfioua, aux portes de Marrakech, l’évidence du fait ne doit pas excuser qu’on omette d’aller voir de près la réalité des pratiques langagières ,de leurs valuations ou de leurs représentations, dans un espace socio-culturel exposé aux effets d’une mobilité mal connue, qui, souvent à son désavantage, gère les processus de transformation sociale et de dynamique culturelle, caractérisée, pour l’essentiel, par cette tension engendrée par «  les valeurs reconnues » et « les valeurs vécues » ( 3 ).
     Parce que la « compréhension immédiate » (4 ) travestit la réalité objective en ce qu’elle restreint et contraint à une « compréhension illusoire »(5) , il devient impératif qu’aux lieu et place des assertions péremptoires, des lieux communs qui caractérisent les discours prétendant à des savoirs et les étalant, prennent forme des projets dont « le réalisme énonce un idéal : [...] viser à une connaissance vraie, objective »(6) , des usages linguistiques, de leurs conditions de circulation, des significations sociales qui modalisent les principes de leurs jeux comme de leurs enjeux sociaux.
     Ce n’est pas ici qu’il nous incombe de pénétrer dans les arcanes et les complications théoriques de la connaissance(7) ou de la vérité. Ce qu’il y a lieu de souligner, c’est qu’en nous engageant dans une restitution objective de la réalité socio-linguistique de notre terrain d’enquête, nous entendons aller au delà de ses apparences où s’entête, comme preuve d’un savoir authentique, l’illusion de ce savoir, entretenu par beaucoup dans une dévotion pour l’évidence des faits. En choisissant de théoriser le terrain, en en proposant une description et un bilan rationnel, nous résolvons de ne le céder en rien aux spéculations qui alimentent les discours naïfs sur ce que l’on croit bien connaître parce que tellement manifeste. Or la réalité vraie ne se rencontre nullement dans l’exiguïté des choses manifestes et la science ne se construit jamais qu’au prix de ruptures dans leur « continuité »(8)  et leur « vérité »(9) . Le scepticisme que l’on doit nourrir à l’égard des apparences, c’est-à-dire à la fois contre ce qui se présente comme l’immédiat- vrai et contre le sentiment de certitude qu’elles créditent de l’autorité de vérité, doit fournir l’occasion de se débarrasser de « l’expérience du « ah »où surgit, de façon irrésistible et indiscutable, l’évidence »(10) . Le même scepticisme doit gouverner une pratique et un idéal scientifiques qui récuseraient les réponses préfabriquées, en s’imposant préalablement la prudence de distinguer « l’évidence qu’impose la preuve logique ou la vérification empirique, des évidences qui n’ont pas d’autre preuve que le sentiment de leur évidence »(11) .
     Opposer un besoin de vérité là où prévaut un sentiment de certitude, en rationnalisant l’objet de vérité ou de certitude(c.a.d. en le soumettant à la question de sa possibilité) s’offre comme l’alternative raisonnable à l’arbitraire des spéculations sur l’objet.Aussi, le besoin de vérité, quête permanente de la connaissance, ne peut-il parvenir à son expression comme réalité possible et tangible qu’en se donnant les moyens d’examiner de près la validité de cette connaissance qu’il engendre.Ce besoin de vérité marque, alors, l’itinéraire de validation que l’appareil de la recherche vient positivement rationaliser, en même temps que la connaissance qui en résulte, en achevant de dire  « les conditions, possibilités et limites de ses aptitudes à atteindre la vérité qu’elle vise »’12).
     Si, ailleurs, des limites sont opportunément invoquées pour relativiser la capacité de la science à atteindre à la réalité(13) sur laquelle, semble-t-il , elle s’acharnerait à consumer ses vertus, ses ressources, il reste que la rationalisation, mobilisant des cadres de pensées et des catégories logiques propres à l’activité scientifique, permettrait une approche moins métaphysique, plus crédible, de la réalité dont une construction théorique consacrerait ce rationnel qui, dès lors, « ne reconnaît à nul autre qu’à lui-même la possibilité de le définir rationnellement »(14) , et, ajouterons-nous, la possibilité égale de le nier ou de le confirmer, toujours rationnellement.
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1.  ROBINET A., G.W. LEIBNIZ, Paris, P.U.F., 1954, p. 89.
2.  L’expression est de J. FORESTIER, qu’il oppose à « observation scientifique », in Les conditions de l’esprit scientifique, Paris, Gallimard, 1966, p. 123.
3.  Au sens que leur donne A. KLOSKOWSKA : « Les valeurs reconnues appartiennent principalement à la culture représentative de la société nationale. Elles sont transmises comme un système hiérarchique par l’école et par plusieurs autres institutions culturelles. »  in Transformation de l’environnement des aspirations et des valeurs, Paris, éditions du C.N.R.S., 1976, p. 87.
4.  BOURDIEU P., Théorie de la pratique…, p. 166.
5.  Idem
6.  THUILLIER  ……p. 62
7.  Voir par exemple l’éclatement auquel la soumet E. MORIN dans La connaissance de la connaissance, Paris, éditions du Seuil, 1986, pp. 10 – 11.
8.  Continuité dont C. LEVI-STRAUSS dira qu’elle est postulée par la phénoménologie entre « le vécu » et le « réel ». Il ajoutera que « le passage entre les deux ordres est discontinu. Pour atteindre le réel, il faut répudier le vécu. » in Tristes Tropiques, Paris, éditions 10/18,               ,pp. 44 – 45.
9.  Il faut, dit E. MORIN, « distinguer l’idée de vérité du sentiment de vérité. L’idée de vérité correspond à une résolution de l’alternative vrai/faux, sans que nécessairement, nous ne soyons concernés ou affectés [...], le sentiment de vérité apporte la dimension affective, existentielle, à l’idée de vérité, et il peut aussi bien s’emparer de l’idée de vérité que l’obéir… » , op. cit., p. 131.
10.  BÜHLER K., cité par E. MORIN, op. cit., p. 131.
11.  MORIN E., op. cit., p. 132.
12. MORIN.E.    op.cit     p.10
13.    « …et la science, au mieux, est une approche asymptotique de la réalité » affirme P. THUILLIER, op.cit. p.62
14. JANICAUD.D  La puissance du rationnel  Paris, Gallimard, 1985, p.13.

 

 

Prélude…..

 

 

 

 

 

 

 Avant toute chose, je voudrais souhaiter la bienvenue, parmi nous, à des amis qui viennent de trouver le blog, ces deux dernières semaines:

Merhba à :

meriam BERRADI

Zahira BERRADI

Hassan KARKOUZI

Youssef KARKOUZI

Abdelfettah MAHMOUD

Abdelwahab CHAHOUR

L’houssine ARID

MAALAGH

 Le cercle de nos amis ne cesse de s’agrandir. Nous avons besoin de tous pour que chacun apporte sa touche à l’édification de nos belles idées. Merci. 

 J’invite tous ces nouveaux amis à prendre contact avec Sââdia ZAOUI, à Ouarzazate, s’ils souhaitent participer à notre fête du mois d’Août prochain.

Dimanche dernier 22 juin.

   Le temps était menaçant. L’autoroute défilait ses marquages, ses panneaux. Je suivais de mon oeil valide (l’autre venait d’être opéré, deux jours plus tôt) la course des nuages laiteux, se jouant de la lumière douce de l’île de france. Une certaine appréhension me crispait. J’allais rencontrer, pour la première fois de ma vie, des Iminiens, d’une autre génération, d’un autre temps. Devant nous, Noreddine ZAKKI était contraint de brider son accélération. Ma femme, prudente à l’exaspération, faisait tousser notre véhicule, semé constamment par la puissante volkswagen qui nous ouvrait la route.

     D’abord, une hésitation à quitter l’habitacle de la voiture. J’ai aperçu, devant le pavillon, quelques silhouettes, quelques postures familières bien de chez nous.  Ensuite des sourires, puis des bras, des mains, des poitrines chargées d’émotion et de fraternité. J’éprouvais à ce moment-là, une sensation de déjà vécu. J’avais tellement rêvé de ces accolades ! Des instants d’intense échange, de spontanéité qui ne m’ont pas laissé de marbre. J’ai retenu une larme, mais j’en ressens encore toute la chaleur.

     Aîcha, la femme de MERBOUHI, son mari hassan, L’haj Abdallah NOURMAN, L’haj Omar BITTICH, son frère, AMEZYANe Hassan, son frère Abdelââziz, tous les enfants venus se joindre à nous. Des enfants d’aujourd’hui; des adultes de demain; des témoins de ces instants, pour longtemps. Il faut l’espérer.

     Je n’oublie pas l’invitée de marque. Nous devions déjeûner quelque temps auparavant. Cela ne s’était pas fait, à notre regret tous les deux, je pense. Elle était bien là, cette fois-ci. Je l’avais souhaité et je remercie du fond du coeur, Aîcha et Hassan MERBOUHI de lui avoir réservé le même accueil, les mêmes attentions.

 

 

     Femme d’exception, Témoin des premiers temps de Bou-Tazoult, Paulette nous a fait l’amitié de partager avec nous, ces moments de divine aubaine. Je l’en remercie, tout particulièrement. Elle est, sur cette photo, en grande discussion avec ma femme. Que ceux des iminiens qui ne la connaissent pas, réalisent qu’elle est, avec d’autres, comme les DECAILLOZ, les TRAMOY, les TEYSSIER, les AZAN, les ROMANO, les CASTILLO, les SANGHEZ, les PAWLACK, les DECLERC, les PETIT, les PHILIPPE, les MOINE, les MOULINO et autres européens, tous autant qu’ils étaient, le symbôle vivant d’une fraternité partagée avec nos parents, bien avant nos naissances. Je lui rendrai un hommage méritée, sur une de mes pages. Sa vie mérite d’être connue de tous. Des années denses, d’une rare exception. 

      Je ne voudrais pas terminer cette page sans adresser mes vifs remerciements à Aîcha, Hassan qui se sont dépensés sans compter pour que notre rencontre soit ce qu’elle a été. Toute de générosité, d’émotion et de fraternité. Qu’ils trouvent, à travers mes mots, la gratitude de tous.

     Une rencontre à Marrakech a été décidée. Le 20 Juillet, nous réunissons nos amis de Marrakech et (peut-être de Casablanca) pour un dernier tour d’horizon des préparatifs de la rencontre du 17 Août. Il reste encore bien des détails à régler, en coordination avec le comité à Ouarzazate. Nous devons arriver à Bou-Tazoult, armés de notre volonté, de notre mobilisation , de nos propositions fortes et cohérentes pour la suite des projets qui nous tiennent à coeur. Et puis, il y aura ces instants fugaces mais poignants que nous vivrons,tous, en apprenant à nous reconnaître et, surtout, à nous apprécier. Nous avons à continuer le chemin tracé par nos anciens. Pour nous. Pour les Iminiens de demain. Une belle aventure!

     Portez-vous bien les amis. Et…..

                                               

Au 17 Août, à 15 heures, devant les bureaux de la mine à OUGGOUG……

IN CHÂÂ ALLAH.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’avenir du passé

 

     Jeudi  29 Mai 2008. Une dépêche de l’Associated Press, relayée par les journaux télévisés, annonce une découverte rare. Non pas d’un gisement pétrolier, pas plus que d’une lointaine étoile, mais celle d’ « Une rencontre du troisième type ». Non, je n’annonce pas un remake  de Steven Spielberg. Cet autre évènement, cinématographique, a déjà séduit en 1977. Non, il s’agit bien d’une rencontre. Si elle est vraie, elle n’en demeure pas moins irréelle.

     Les agents de la   Fundação Nacional do Índio ( Fondation Nationale des  Indiens, connue sous l’acronyme de : FUNAI) ont survolé un village d’Indiens isolés dans la forêt amazonienne, près de la frontière péruvienne. « Isolés » doit s’entendre « coupés du monde moderne ». C’est donc la première fois que des hommes de notre temps rencontrent des rescapés de l’histoire humaine. Reclus, repliés sur eux-mêmes, ils ont traversé le temps, aux marges du temps des hommes. La photo  les surprend dans leur îlot de réfugiés. Elle est émouvante et pathétique tant elle soulève la question de leur devenir.

     Sur le forum du quotidien Le Monde daté du 31 mai, une internaute, emportée par l’émotion qui étreint les plus sensibles au sort des peuples oubliés, lâche les propos que je rapporte, in extenso, en en  pratiquant un « copier-coller » :

« Incroyable, il reste des survivants

sauvages! Quelle heureuse découverte!

Mais nous devons vite les protéger car sinon ils

sont “menacés d’extinction”! Quelle chance pour

ces autres espèces si ignorantes du danger qui

les guette que nous humains soyons là! »

          Je n’adhère pas à cette vision spontanée, même si je partage l’enthousiasme qu’induit un tel évènement. Un relevé du champ lexical  de cet énoncé renvoie à un système axiologique des plus péjoratifs qui renoue avec des stéréotypes et des clichés d’un autre âge, éculés, mais, visiblement tenaces dans une mentalité inoxydable.

     Les termes suivants, construisent ce premier champ lexical :

1. « sauvages »

2. « espèces »

3. « ignorantes »

4. « autres »

     Nul besoin d’être sorcier pour se rendre compte que ce champ lexical réfère à cette détestable conception de la différence, qui stigmatise l’autre dans le répertoire de la mise à l’index et du mépris, au vu de ses caractéristiques ethniques et/ou sociales. Ce champ lexical révèle des survivances d’une histoire qui ne se défait pas de ses travers de dénégation et qui trouve, hélas, écho à travers les temps des hommes, s’entêtant comme  le  retour d’un refoulé.

     Comparé à l’ineptie du mot du général  Sheridan selon lequel « un bon Indien est un Indien mort », le discours de l’internaute est, de prime abord, empreint de bien meilleures dispositions. La bonne fortune, qui ne doit rien au hasard, dans son esprit, cependant, semble épouser les contours d’un parti-pris figuré par le « nous », qui marque l’énonciation,et la représentation du salut pour les « sauvages », ne pouvant advenir que des hommes de notre temps.  Pour conjurer le sort qui guette ces Indiens, elle s’en remet à « nous » pour les en préserver. Curieux renversement de l’argument. Curieux développement naïf ou l’absurde le dispute à un  paternalisme exaspérant qui se construit dans ce second champ lexical :

1.       « Menacés »

2.       «  extinction »

3.       «  protéger »

 

L’avenir de ce groupe est scellé. N’en déplaise à notre internaute, le péril qui les menace ne provient que de « nous », de ce monde moderne qui porte en lui sa malédiction, comme jadis Cronos la sienne. Notre monde lui aussi « mange » ses enfants qui ne lui ressemblent pas.

 

                                                                                                 …../ Suite à venir.

Le péril est humain

                                                                                              

 

Mon titre ne risque pas de prêter à confusion. En tout cas, pas dans mon esprit. L’énoncé qui le constitue est grammaticalement simple: un sujet ( le péril) et l’attribut qui le complète ( est humain ). Mais il est plus intéressant de saisir, pour sa compréhension, ses implications multiples. On peut le lire autrement: on y décèle un thème et un propos. C’est à un ce propos que je vais m’attacher à mettre en exergue, avant d’en développer les niveaux d’interprétation qui me paraîssent pertinents au vu de ce péril qui guette l’humanité entière. L’humanité, celle qui englobe les pourfendeurs du développement durable, celle qui, depuis quelques trois siècles, a dilapidé les richesses de la terre vieilles de près de 600 millions d’années. L’humanité, l’autre paria de la première, qui n’a jamais rien demandé et qui se retrouve, aujourd’hui, fatalement liée au sort que lui a réservé l’autre humanité. Une injustice de l’histoire, une de plus!!!

  

 

« La terre n’appartient pas à l’homme,

c’est l’homme qui appartient à la terre »

 

     Une parole de sage que le souffle de Sitting Bull aura emportée avec lui, dans le silence assourdissant de l’époque. L’Amérique, puis l’Occident, restés sourds aux prophéties, aux injonctions des plus avertis des hommes, des plus lucides, ont dressé leur table et se sont invités au « festin de la terre », selon la formule bien heureuse d’un excellent journaliste.

    Deux siècles plus tard, les mots du grand chef indien, vainqueur du Général Custer à la bataille de Little Big Horn (25 juin 1876), ne trouveront pas l’écho qu’ils méritent. Un anniversaire de plus dans l’incurie des hommes, alchimistes d’hier, boulimiques, possessifs et fossoyeurs de la planète, aujourd’hui, devant l’éternel.

Les vérités d’hier……

     Le « festin » a une histoire. Il est porté sur les fonds baptismaux de la cupidité. De la vanité, cette antichambre de l’orgueil, qui s’est emparée de l’Occident conquérant, puissant  et dévastateur. L’art des métaux, acquis dès les âges du fer et du bronze, maîtrisé au XVIème siècle, a probablement induit dans les mentalités l’idée que le monde aussi est transformable, qu’il convient de le plier à la volonté des hommes. Les maîtres d’Afrique, au feu sacré de leurs forges, arrachaient bien quelques prouesses qui émerveillaient. Leur pouvoir couvait au creux des braises et de leur mystère. Le sacre du métal est ici porté par une pensée magico-religieuse. Il naît de la conjonction des éléments de la nature et de la vie des hommes. Il n’a de signification que dans cet espace où s’interprète le sens de la vie et de la terre. Les mentalités qui résultent de ces pratiques ritualisées induisent à la vision d’un monde qu’il s’agit de comprendre, d’interpréter, dans l’émerveillement de son harmonie, sans jamais tenter de l’altérer, en le transformant, en le dénaturant.

    Ailleurs, la fascination que les métaux ont exercée sur les hommes les a précipités dans une folie meurtrière qui marque, aujourd’hui encore l’histoire. Des empires se sont bâtis sur l’avidité que suscitaient les filons arrachés au fil de l’épée à des peuples, par trop naïfs. César, subjugué par l’or de la Gaule, n’a pas hésité à y porter le désastre qu’il infligera aussi à Carthage pour s’emparer de ses terres fertiles. Les civilisations sud-américaines n’ont pas échappé au deuil. Depuis la parution des écrits de Marco Polo, la fièvre du plus emblématique des métaux ne manquera pas de bouleverser la région. Cinquante mille Indiens Aztèques seront sacrifiés par les hommes de Cortès. La couronne d’Espagne fit main basse sur le trésor de l’empereur Moctezuma qui périt dans Mexico en flammes. Qui de ces mercenaires conquistadores ou de leur souverain porte la responsabilité de ces massacres ? A ses marins, Ferdinand, roi d’Espagne, avait donné le ton : « Prenez l’or, humainement si possible, mais, quoi qu’il en coûte, prenez l’or ».

     Fransisco Pizzaro, quelque temps après, découvrait les Incas et, surtout leur trésor. Cette rencontre coûta la vie à six mille Amérindiens, pour 13 tonnes d’or ramenés à fond de cale en Espagne, on l’imagine, dans l’ivresse et l’hilarité.

 

                                                                   ……. Suite…….

                                                                  Patience. Merci.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chers amis,

Khayru’ lkalami ma qalla wa dalla.

Je serai bref, pour plusieurs raisons. Tout est dans mon titre. Alors, à votre bon coeur. Et grand merci à tous les généreux donateurs et contributeurs.

Sââdia Zaoui et le comité de Ouarzazate m’ont fait parvenir le compte bancaire sur lequel doivent parvenir vos cotisations d’ici le 30 juin, délai de rigueur.  Je me permets de me faire votre interprète pour remercier chaleureusement nos amis qui se sont dépensés sans compter pour faciliter la collecte des participations de chacun, dans la transparence et la rigueur financière.

 

voici les coordonnées bancaires:

  - Banque:       Crédit du maroc, Agence Ouarzazate
 - N° de compte  : 021 550 0000086001088731 77
 - Code Swift : CDMAMAMC

Merci de veiller à verser votre obole dans les délais, afin de permettre la suite des opérations, lourdes et qui ne doivent pas  souffrir des négligences des uns ou des autres.

 Qui reconnaît cet endroit, sur la photo?

 Je ne résiste pas au désir de vous dire combien je suis ému, aujourd’hui, mercredi 7 mai. LÄÄMEL M’hand de Saint-Pierre et Miquelon ( Amérique du Nord) m’a appelé. J’ai été plus que ravi de partager quelques mots d’amitié avec un camarade que je ne connais pas, que je n’ai jamais vu. Il nous a suffi de savoir que l’un et l’autre, sommes de Bou-Tazoult, qu’importent les générations. Merci M’hand.

 

  • Chers amis,

  •      Sans conteste, nous avançons, imperturbables. Oui, nous traçons notre chemin, nous le creusons, déterminés, dans nos convictions. La foi qui nous habite est inébranlable.  Cette foi, nous l’avons héritée de nos parents, Sherpas de leur temps, à qui la gloire et les hommages sont refusés. Hommes, couleur de nuit, reclus dans le noir des galeries noires,  rendus dans leurs haillons noirs, piètre hommage, au trou noir de leur ultime demeure.
  •      Nous serons, si Dieu le veut, à Bou-tazoult. Rien ni personne ne pourra nous en empêcher. Ni les embûches ordinaires, ni les défaillances opportunistes, ni les manoeuvres de division ou de récupération abjectes. Ni les traquenards ni les manipulations, ourdis dans l’anonymat,  royaume  glauque des comploteurs, impulsifs et néfastes, sans honneur.
  •      Notre rencontre aura bien lieu. Elle vibre déja dans la brise  d’ASSAOUD, les jardins fantômes d’El BZIOUI, le lit encombré de TALAT N’OUMZIL, le dôme  affaissé, lépreux, de MOULAY YACOUB.  Nous sommes bien attendus. Le sens de notre rencontre est là. Je ne suis pas sûr, au fond, que cette rencontre émane à proprement parler de notre volonté. Elle est le présage de quelques signes occultes qui nous appellent. Nous devons simplement leur répondre, en toute humilité. Les voies de DIEU sont impénétrables. 
  •      Notre rencontre, je ne la vois pas comme l’aubaine inespérée pour de joyeux ripailleurs, adeptes de Gargantua. Elle porte en elle un bien plus noble dessein. Témoin de notre solidarité, de notre gratitude, elle doit marquer, dans le temps et la durée, l’esprit de nos enfants et des enfants de nos enfants. Elle aura, pour cela, besoin d’être incarnée et noblement incarnée dans une stucture aux visées tout aussi nobles. Je me permets d’en énumérer quelques principes philosophiques, quelques modalités pratiques, gages de son bon fonctionnement. Je les soumets à votre appréciation pertinente :
  •      PRINCIPES PHILOSOPHIQUES :
  1. L’association  ne peut être confondue avec une cellule d’un parti politique ou avec une officine d’une centrale syndicale. Toute velléité de l’infléchir d’un côté ou de l’ autre est condamnable et est passible d’exclusion définitive. 
  2. L’association est exclusivement une association à caractère culturel et social. Elle oeuvre pour apporter son aide, selon ses moyens, aux enfants des ouvriers, aux enfants de la région, scolarisés ou non et qui sont dans le besoin.
  3. L’adhésion est libre. Tout membre accepté doit respecter, à la lettre, les statuts et la charte de l’association. Il est membre, à part entière, dès lors qu’il est à jour de ses cotisations. Il peut, de ce fait, se porter candidat à des mandats  de responsabilité, s’il en exprime le désir et en possède manifestement les compétences requises.
  4. Nul ne peut être admis au sein de l’association s’il a contribué, directement ou indirectement, par son comportement à mettre en péril la fiabilité et la perennité de l’association ou s’il a porté atteinte à la solidarité du groupe des Iminiens, à leur intégrité.  Tout membre ou postulant à le devenir doit être  de bonnes moeurs, intègre et de bonne moralité. 
  5. Nul ne peut se prévaloir de son appartenance à l’association pour servir des intérêts personnels ou partisans ou pour en tirer un quelconque profit.

La liste de ces principes n’est pas exhaustive. Elle est ouverte. Mais, il m’apparaît que ceux que je propose sont indispensables pour prévenir toute dérive et prémunir notre projet de tous les vices. A partir de cette plate-forme qui garantit les bonnes conditions de viabilité, l’association a des chances de fonctionner, dans la durée.

  •     MODALITES PRATIQUES : 
  • Je suggère que ces modalités soient discutées, comme leurs principes philosophiques, à l’assemblée générale prévue le lundi 18 Août, à partir de 9 heures.  Une fois ces principes entérinés par une majorité qualifiée, nous travaillerons en ateliers de 10 personnes. Une synthèse globale doit conclure les réflexions menées au sein de chaque atelier. Cette synthèse doit dégager les grandes lignes de l’objet de l’association,  ses structures, ses actions immédiates, à moyen terme et à long terme.
  •          Je pense que nous devons veiller à définir des objectifs concrets, ayant tous leurs chances de déboucher sur du possible, palpable. De ce fait, il conviendra de sérier les objectifs: les plus imminents  me semblent se résumer à ceci:      
  •  1.  Nous ne pouvons pas arriver à Imini, nous gaver, parader dans les villages et plier bagages. Nous devons manifester notre sérieux engagement et ancrer notre projet dans les esprits.   Il nous faut envisager d’aider les enfants, cet été-même. En offrant à leur école ce dont elle manque, crucialement. Un tableau noir, de la craie, des brosses, des cahiers, du matériel pédagogique, des cartables. Une entrevue avec les instituteurs, le directeur, est à programmer, avant leur départ en vacances. Nos amis de Ouarzazate pourraient se charger de  répertorier les besoins que nos finances pourraient satisfaire, dans l’immédiat.

Dans mon prochain article, je détaillerai la suite. Je m’attarderai sur d’autres propositions concernant le fonctionnement démocratique de l’association et sur des actions ponctuelles à mener, cet été-même. Je remercie Hassan AMEZYANE,  L’haj Abdallah NOURMANE et Hassan MERBOUHI pour leur contribution à ces quelques lignes de réflexion. Je souhaite, comme d’habitude que des commentaires viennent les enrichir.

Portez-vous bien les amis. Et à vos méninges!