Une photographie, comme tant d’autres. Celle-ci me tient particulièrement à coeur. MERCI à PAULETTE.
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Monsieur Romano me suggère que le monsieur à droite serait KAFAYOUR ( BAHTITI ), le père d’un de mes camarades de la première heure. Il était l’un des tout premiers à être embauché. C’est simple, il portait le numéro matricule 1. Le père de MEZIANE d’Iflilt, portait le numéro 2. Hommage aux braves pionniers!
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Elle nous ramène aux temps des débuts. Des temps de rien, encore. Des temps des bâtisseurs et des hommes jetés dans la tourmente des temps durs ; de ces temps des lendemains de disette, d’épidémies et de rapines. Des hommes ont sillonné les routes, les chemins muletiers, les cols et les vallées. L’Atlas immense n’a pas pu les rebuter. De feu en feu, dans les nuits d’hiver, ils ont bravé les rigueurs du temps, le despotisme des caïds et des khalifas des IMZWAREN. Une poignée a trouvé son salut en posant les baluchons sur des côteaux couleur de suie. C’est en creusant cette terre qu’ils sont redevenus hommes de dignité. Deux d’entre eux, sur cette photo, posent. Raides et gauches, nous fixant par-delà le temps. Etrange sensation. Ils nous parlent. Leur corps parle pour eux. Deux silhouettes sobres, dans la rocaille et au pied de la colline familière, mais encore nue. Etrange photo. La Providence est reine de tant de destinées. Paulette Vautrin, par un matin brumeux, pose son pied, pour la première fois, devant les bureaux de la mine à Ouggoug. La montée du Tichka a eu raison de ses nerfs, une nuit de dure grimpée du col. Au chauffeur du camion dont elle a eu du mal à s’extirper, engourdie, elle dit tout son dépit et sa détermination de ne pas s’éterniser dans le coin…. Elle y restera une dizaine d’années. Quelles circonstances l’ont menée là ? Elle le dira un jour, peut-être. Ce que je pense, c’est qu’elle devait être là, pas ailleurs. Sa vie devait croiser celles de tous ceux qui l’ont connue. Ceux qui nous ont quittés et ceux qu’elle a laissés l’ont marquée. Elle emportera à son départ des images et des tranches de vie qu’elle immortalisera et dont elle portera témoignage. Les passeurs comme elle, êtres d’exception, jettent des passerelles par-delà les âges et rapprochent, dans leur communion fraternelle, ceux d’hier et d’aujourd’hui. C’est d’un hier que surgit cette photo. Elle empoigne et tourmente. Je ne reconnais pas l’ouvrier de droite. Mais il a existé, lui aussi, depuis l’aube de tout. Qui est-il, qu’est-il devenu ? Il a mouillé cette terre de la sueur qui ennoblit les hommes, fussent-ils anonymes. Cela seul suffit pour reconnaître en lui un frère, un père, un ami. Et il faut s’incliner.
- Je n’ai pas hésité un instant. Pas l’once d’un doute. J’ai bien reconnu l’autre ouvrier. Corps plus élancé que la jeunesse arbore comme un étendard au vent, défiant le monde. L’attitude m’est familière. Une assurance quoique pataude encore mais, néanmoins bien perceptible et prometteuse. Toute mon enfance, j’ai croisé ce regard en biais incandescent qui a ébranlé les plus téméraires.
- Mon oncle HEBAZ Ali, il s’agit de lui, avait l’habitude de rouler ses yeux sur vous. Et cela suffisait à fendre la terre qui vous portait. ” Un cas” me précisait, récemment, Paulette. Joseline DECAILLOZ disait de lui quelque chose d’approchant. Son charisme et son intégrité l’ont porté au faîte d’une carrière exemplaire. De lui et de mon père, j’ai appris quelques règles simples de la vie, comme tous ceux pour qui la modestie, la rigueur dans le travail, l’exigence aussi, la volonté, la probité morale et intellectuelle constituent la voûte de tout. je ne saurais jamais assez leur rendre l’hommage qui leur est dû. Et pas seulement qu’à eux. A tous ces ouvriers et ces TAMKA ( Cadres marocains ) qui, par leurs encouragements, leur sollicitude, leur intérêt pour notre scolarité, notre avenir, nous ont forcés au dépassement de soi. Ceux qui m’ont marqué sont encore dans mon coeur. Je pense à DEISTER et sa femme MAMA, Si Mohamed ROUDANI et sa femme Lalla Khdouj ( FAÏQ ), SAKNI Mohammed, AMENHAR Mohamed, Abdesslem NMIRI, OUTANANE, H’ssi et M’barek TACHAOUCHT ( AZAYOU ), DARII, Abdallah L’GHOUJDAMI ( ZAKI ), MOULAY SAÏD, ALLAL ( l’épicier ), BAJLLOUL Jilali, Hassan OUTALEB, Abdallah N’CHTTO HAMOU, AÏT IDDER ( ALAYA ) SI hassan AGOURREM N’IFLILT ( MEZIANE ), Si L’houssaine AKOUTABLIY, Si H’med TIDILI ( BERKOUCH ), Bélaîd ISEMG.
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J’en oublie certainement. Il y a tellement longtemps. Mais leur souvenir, en moi, reste tenace. Je n’ai pas leurs photos. Certains sont décédés. Les survivants comme les défunts vivent toujours en moi. Et le respect pour chacun d’eux est intact. Je voudrais que l’on songe, dès maintenant, à réserver à tous les anciens qui nous ont imprégnés de leur âme, quelques pages dédiées à leur mémoire, à leur gloire. Ils étaient tous partis de rien. Ils nous ont insufflé leur esprit. Et je m’incline.

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